La nature : 5 situations d’apprentissage au fil des saisons

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La nature est une source incroyable d’apprentissages ! A travers elle, l’enfant découvre le monde, la matière, le vivant. Il construit son rapport au temps et à l’espace. Il développe ses capacités motrices. Nombreux sont les apprentissages en jeu dans les 5 propositions que je décris ci-dessous:

Au delà des apprentissages disciplinaires, la nature permet à l’enfant d’apprendre à se décentrer.
La nature existe en dehors de l’action humaine, elle ne dépend pas de notre volonté. En se confrontant au réel, l’enfant se décentre de lui-même. Il regarde ce qui l’entoure. Il cherche à donner du sens à cette nature qui le dépasse, il peut y trouver sa place.
Il prend ainsi de la distance par rapport à son vécu, à son affectif, à son imaginaire.
C’est une étape essentielle dans le développement de l’enfant et de sa pensée.

La promenade

Sa mise en œuvre

J’ai organisé une promenade avec trois classes différentes de maternelle, de la Petite Section à la Grande Section, en milieu rural et urbain.
Je repérais les lieux en amont pour organiser une boucle et en privilégiant la nature. Même en ville, je trouvais toujours un coin de nature à explorer !

La promenade avait lieu, le matin, tous les mois, tous les 15 jours ou toutes les semaines selon les classes.
La régularité et la fréquence (hebdomadaire de préférence) me semblent être des conditions nécessaires pour permettre un réel apprentissage.

Il est important d’informer les parents du projet pour qu’ils comprennent que c’est un réel temps d’apprentissage. Je leur rappelais le jour de la promenade pour que les enfants arrivent avec des vêtements ne craignant rien et adaptés à la météo (bottes…).

La promenade permet de vivre des expériences riches et variées à travers son corps et ses sens. Cependant, toutes ces perceptions ne suffisent pas en elles-mêmes. Elles ont besoin d’être décrites et nommées pour être comprises et s’ordonner les unes par rapport aux autres. Le langage permet alors d’amener à la conscience et d’organiser toutes les informations récoltées par les sens. Il nourrit la réflexion et la compréhension.

Cette matinée peut s’organiser en trois temps :

Avant la promenade :
– se préparer : adapter sa tenue en fonction de la météo
– se rappeler de la promenade précédente
– décrire le chemin qu’on va emprunter
– commencer à se questionner

Pendant la promenade:
– observer, écouter, sentir, toucher
– ramasser, collectionner
– questionner, montrer, échanger, nommer
– se déplacer en respectant les règles et en s’adaptant aux contraintes objectives du lieu
Les adultes veillent à la sécurité. Des accompagnateurs sont le plus souvent nécessaires.

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Après la promenade :
– se désaltérer, se réchauffer, se reposer
– raconter, décrire, questionner, comparer pendant un temps de regroupement
– apprendre, chercher dans les livres, dans les posters
– prolongements : dessin libre, dessin d’observation, coloriage, plantation, collection, tri…
– langage à partir de l’album photo des promenades

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Les apprentissages en jeu

S‘approprier le langage pour échanger, réfléchir avec les autres et comprendre
La promenade constitue un vécu commun sur lequel s’appuie les échanges, lors des regroupements qui la précèdent et qui la suivent.

Le temps de langage avant la promenade permet de se rappeler, d’évoquer et de se projeter.
Ceux qui suivent la promenade permettent aux élèves de prendre de la distance par rapport à ce vécu, de mettre des mots, de comprendre. L’enseignant aide à faire des comparaisons et des mises en relation. Il encourage les recherches d’explications.
Au fil du temps, les élèves affinent leurs observations, ce qui les amène à utiliser un vocabulaire plus précis. Ils enrichissent
ainsi leur lexique.

En Petite Section, l’enfant se situe dans le présent, l’action immédiate. C’est pourquoi la verbalisation est davantage essentielle pendant la promenade.

Se repérer dans le temps et dans l’espace
En se promenant autour de l’école, les élèves apprennent petit à petit à se situer dans l’espace. Ils prennent des repères, anticipent le chemin. L’enseignant met en mots au fil de la promenade. Il profite également du regroupement pour évoquer le trajet et le décrire en utilisant des connecteurs spatio-temporels.

C’est grâce à la régularité de la promenade que les élèves pourront construire des repères dans l’espace, puis dans le temps.
Pour les tout jeunes élèves, il faudra plusieurs semaines pour qu’ils puissent s’approprier le lieu. C’est seulement lorsqu’ils seront rassurés, qu’ils s’ouvriront à l’environnement et aux découvertes qu’il offre.
Ils constateront qu’on retrouve toujours les mêmes éléments (la route à traverser, le passage derrière le gymnase, la traversée du petit pont…). L’enseignant les situera les uns par rapport aux autres (On passe derrière le gymnase et après on arrive à l’entrée du petit bois). Ce qui permettra ensuite à l’enfant de s’attendre à ce qu’on va voir. Il cherche à retrouver ce qu’il connaît et peut annoncer ce qui vient ensuite.

A ces premiers repères, s’ajoutent d’autres concepts plus complexes.
Les notions de durée et de distance se construisent l’une par rapport à l’une : « on a marché plus longtemps aujourd’hui, on est allé plus loin. »

Les élèves sont amenés à utiliser des connecteurs temporels pour situer et comparer les transformations au fil des saisons. Ils découvrent les notions de croissance et de cycle de vie (les petits chênes qui poussent à partir des glands ; les fleurs qui fanent…). C’est un long apprentissage.

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Développer des compétences motrices
Marcher dehors, par tous les temps, est un effort d’endurance et de résistance de la part des jeunes élèves. Un effort qui est motivé ! On ne voit pas le temps passer…
La promenade est ponctuée par des arrêts pour observer, toucher, sentir. Selon le relief, on s’équilibre sur un tronc d’arbre, on grimpe sur la motte de terre, on glisse sur le talus recouvert d’aiguilles de pin, on saute par dessus ou dans les flaques d’eau, on s’entraide…

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Découvrir le monde du vivant et de la matière
– Découvrir les propriétés du bois, de la terre, de la pierre, du vent, de l’air, de la pluie…
– Découvrir et développer ses cinq sens
– Découvrir le vivant : les arbres, les plantations, les oiseaux, les insectes, les champignons, les fruits…
Les collectes de feuilles, de plumes, de coquilles d’escargots permettent d’élaborer des tris selon la forme, la taille, la couleur et ainsi de prendre conscience de la diversité des espèces.

La photo sous l’arbre

Chaque début de mois est ponctué par la photo sous l’arbre.
Je l’ai organisée sous un Chêne ou sous un Érable, situé dans la cour de récréation ou à deux pas de l’école.

C’est l’occasion d’observer les transformations de l’arbre au fil des saisons. On observe à la fois ce qui est permanent et ce qui change.

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De retour en classe, un temps de langage est organisé pour partager les différentes observations et réflexions. L’enseignant en fait ensuite un bilan à l’oral.

Une trace collective sera gardée. Elle témoigne du temps qui passe.
Douze silhouettes d’un arbre peuvent être affichées et complétées au fil des mois, sous lesquelles peuvent être accrochées la photo sous l’arbre. Ces peintures ou dessins mettent en avant les éléments qui se transforment au fil des saisons.

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D’autre part, les élèves dessinent l’arbre tel qu’ils l’ont observé. Le dessin d’observation exige de passer progressivement d’une représentation pleine d’affectif à une certaine maîtrise des éléments essentiels.
Le dessin est un moyen pour l’élève de construire et d’affiner sa représentation de l’arbre. C’est aussi un outil pour l’enseignant car il permet d’observer l’évolution de la pensée de l’enfant. Et ceci, avec réserve : les capacités motrices ne permettent pas à l’enfant de reproduire exactement ce qu’il a en tête.

L’enfant ne perçoit pas l’arbre comme un tout. Il le définit comme des éléments isolés (un tronc, des feuilles, des branches, des glands…). Il n’a pas encore compris que les différentes parties sont reliées entre elles et pourquoi (la sève qui monte des racines vers les branches).
C’est par le langage que l’enseignant l’aidera à construire l’arbre comme un ensemble. Pour cela, il peut le situer dans le temps : « il commence dans la terre, il pousse vers le haut, il va vers le ciel, se rassemble, puis va vers le ciel. »

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Les branches sont d’abord ajoutées au tronc, comme des éléments séparés.
Puis, sur le troisième dessin, le tronc s’élargit et se divise en branches.
De plus, l’enfant a ajouté des racines.

Les fruits et légumes de saison

Les fruits et les légumes marquent les saisons et leurs transformations.
Dans une école urbaine, nous avions la chance d’avoir, derrière l’école, deux rangées de pommiers et de poiriers. Quel bonheur simple d’avoir des arbres fruitiers à portée de main !

Des projets possibles :

  • Cueillir des fruits (des pommes, des fraises), organiser une sortie dans un verger, chez un producteur. Cueillir est un geste simple. Mais qui l’a déjà réalisé aujourd’hui ?
  • Cultiver un potager : projet d’école aux nombreux apprentissages possibles !
    Je vous conseille l’excellent site Jardinons à l’école pour tout savoir sur ce sujet.

 

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  • Aller au marché : écrire une liste des courses à partir d’une recette, observer les étals, se questionner sur la provenance des fruits et légumes
  • Goûter et cuisiner : cuisiner les produits récoltés ou achetés, organiser une dégustation pour faire découvrir différentes variétés

Automne : la pomme dans tous ses états (jus, compote, tarte, crue), les noix, les courges (dégustation de différentes variétés)

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Hiver : Soupe de légumes racines, Pumpkin pie (célèbre tarte à la citrouille pour Thanksgiving)

Printemps : quiche aux légumes de printemps

Eté : glace à la fraise, confiture de fruits, gâteau chocolat-courgette

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Les animaux

3 propositions qui ont comme point commun, d’observer les animaux dans leur milieu.

  • Des élevages de petites bêtes des fourmis, des escargots, des phasmes…
  • Un aquarium suite à une pêche au bord de mer ou dans une mare
  • Une visite à la ferme par trimestre
    Les vaches et les veaux, les moutons et les agneaux, la basse-cour… : ce qui est permanent et ce qui change. C’est aussi l’occasion d’aborder l’alimentation : le lait et le beurre, les œufs, le blé et la farine…

Que mangent-ils ? Comment leur créer « une maison » ? Pourquoi est-il mort ? Comment se reproduit-il ? … Autant de questions qui naissent de ces situations.

 

Le site La Main à La Pâte offre des ressources intéressantes sur ces thèmes.

Les livres et posters éducatifs

Les livres permettent d’éveiller la curiosité, d’apporter des réponses, ou au contraire de susciter des questions. Ils donnent à voir ce qu’on ne peut pas observer.
Il est intéressant d’organiser un temps libre où les élèves feuillettent à leur guise, empruntent, demandent à l’adulte de lire un passage, échangent avec un camarade…

Des imagiers

Les imagiers sont intéressants pour enrichir le vocabulaire. Mais pas seulement ! L’auteur fait des choix pour présenter le livre, il fait des catégories, il fait des liens entre les images contenues sur chaque page. Et ce sont ces catégories et ces liens qui feront l’objet d’échanges enrichissants.

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Des documentaires

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Des posters

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C’est un support pour des échanges riches, en groupe.
Accroché dans la classe, l’enfant peut aussi l’observer seul ou avec un camarade.
Ils permettent de mettre en lien de nombreux éléments.

Des devinettes

devinettes-jocatopSous forme de rituels, la lecture de ses devinettes amène les élèves à mettre en lien différents indices pour proposer une réponse. Les devinettes de Jocatop deviennent trop faciles pour les élèves de GS. On peut en inventer, lire seulement certains indices ou les complexifier. Les jeunes élèves, souvent, ne prennent en compte qu’un seul indice.

Des albums

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 Dix petites graines (cycle de vie des graines de tournesol)

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Album sans texte qui met en lien les transformations de l’arbre
et la vie du loir et des oiseaux, au fil des saisons

Ce deuxième livre peut faire l’objet d’un travail de compréhension à partir des illustrations. L’observation, la comparaison et la mise en mots permettront de comprendre les transformations au fil des saisons pour l’arbre, le loir et les oiseaux. C’est l’occasion de faire le lien avec les observations faites lors de la promenade.

En guise de bilan de fin d’année, en MS et GS, on peut demander à l’élève d’ordonner les illustrations. Ce sont ses justifications, que l’enseignant prendra en note, qui permettront de savoir ce qu’il a réellement construit.

Conclusion

Ces propositions n’ont rien d’original mais c’est leur régularité, leur complémentarité et leur mise en lien les unes avec les autres qui permettent aux élèves de développer de nombreux savoirs et savoir-faire.
Au fil de mes rencontres et de mes lectures, je prends conscience de l’importance de la nature dans le développement de l’enfant et dans ses apprentissages.

Retrouvez les principales idées sous la forme d’une programmation à l’année.
Téléchargez cette ressource en cliquant ici (PDF imprimable)

9 réflexions au sujet de « La nature : 5 situations d’apprentissage au fil des saisons »

  1. Excellente ressource, je confirme que les enfants mémorisent plus facilement les concepts et les détails lorsque ceux-ci sont reliés à des expériences pratiques.

    Nous pratiquons l’exercice du porte-monnaie avec Nalaë et Hélios pendant les vacances scolaires et au niveau des calculs ils deviennent des champions lorsqu’il s’agit de savoir s’ils ont assez de sous pour s’acheter des distractions !

  2. C’est exactement le projet sur lequel je travaille en GSM avec une autre collègue de PSM.
    Nous avons obtenu un bout de terrain au sein de l’école pour y installer un potager; j’ai plusieurs promenades sous le coude pour compléter le projet et un échange Nature avec un collectif de jardiniers.
    Nous sortirons tous les vendredis matin pour observer, collecter, sentir, courir, s’émerveiller…respirer !
    Merci pour cet article qui confirme mes pistes, à bientôt.

    1. Bonjour Martine !
      J’avais repris une classe de CP. Expérience qui a conforté l’idée que je ne souhaite plus enseigner dans l’Education Nationale. Je consacre cette rentrée à la reprise du blog, et surtout je prends le temps de m’occuper de ma fille, qui est née il y a quelques mois 🙂
      Et toi, as-tu toujours une classe en maternelle ?

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