Qui suis-je, et pourquoi ce blog existe ?

Cecile Aucagos

Cet article a pour but de retracer les points clés de mon parcours, qui ont fait avancer ma réflexion et, m’ont conduit jusqu’au lancement de ce blog, point de départ de la création d’une école.

Il comporte quatre parties :

  • Ma réponse à une réaction d’une amie sur l’article « Pourquoi j’ai quitté l’Education Nationale »
  • La raison d’être de ce blog, et ce qu’on y trouve
  • Ma transformation: les temps forts de mon parcours d’enseignante
  • Les détails sur mon projet actuel : une année de voyages pour approfondir ma réflexion d’enseignante et créer le projet pédagogique de ma future école

Lettre à une amie, en réponse à l’article « Pourquoi j’ai quitté l’Education Nationale »

En juin 2015, j’ai quitté l’Education Nationale et, suite à cette décision, j’ai écrit un article qui expose les raisons de mon départ. C’était le premier article de ce blog et, avant même de le poster, je l’avais fait relire à une amie, elle aussi enseignante.  Depuis que je l’ai rencontrée, elle m’a écouté, elle m’a conseillé, elle m’a tant apporté que  je me demande souvent : « quelle enseignante serais-je si je ne l’avais pas rencontrée ? »

Voici sa réaction à l’article :

« Bonjour Cécile, […] J’ai été très déstabilisée par ce texte qui relate ta pratique de façon si négative. Aucune éclaircie, aucun cheminement positif , pas d’avancée ? Cela m’a vraiment interrogée.

D’une part sur le fait que je n’ai pas vu que tu vivais cela si mal et d’autre part sur le fait que , de mon point de vue, tu as déjà tellement construit à tous les niveaux: rapport au savoir, au développement de l’enfant, à la posture de l’enseignant. Que tu n’aies pas pu mettre en application ce que tu aurais voulu vivre ou faire, je le comprends mais cela ne veut pas dire que tout  était si noir. Je suis certaine que tu as beaucoup apporté à tes élèves même si parfois sans doute tu n’étais pas comme tu aurais souhaité l’être.

J’espère donc que tu feras apparaître quelque part tes questionnements riches et percutants et un certain plaisir ou une certaine acceptation du fait de ne pas être parfaite…. Cela m’a vraiment touchée et un peu découragée parce que je me suis dit que je ne t’avais pas apporté l’essentiel: on ne fait que ce que l’on peut ; l’important c’est d’essayer de faire au mieux . »

A la lecture de sa réponse, je me suis sentie triste, émue presque jusqu’aux larmes. En écrivant cet article, j’avais nié toutes mes réussites, toutes mes réflexions constructives et par là même, tout ce que cette amie m’avait apporté. Alors pour lui répondre, j’ai décidé de partager, dans cet article, mon cheminement me conduisant, au fil des années, jusqu’à ce blog.

« Chère Françoise, oui c’est un tableau plutôt noir que j’ai dressé. Toi qui a été à mes côtés, depuis 2011, j’ignorais que ce texte allait autant t’affecter. Toi qui es si enthousiaste et combative ! Seulement voilà, après deux années à vivre un profond décalage entre mes valeurs et ma pratique, j’avais besoin d’écrire la difficulté de mon vécu. J’étais entrée dans un cercle vicieux :  je voyais davantage le négatif que le positif; je me décourageais après chaque tentative de changement, qui n’aboutissait pas aussi vite que voulu ; j’étais toujours dans l’attente de ma propre classe pour vivre le changement dont je rêvais.

Ma vie personnelle m’a amené à prendre une décision : partir. Ce n’est finalement pas un abandon puisque ce départ est le début d’une nouvelle aventure ! Celle, d’abord, de ce blog où je partage ce que j’ai appris et apprend et, puis, surtout, le projet de création d’une école. Tu m’as appris énormément sur mon métier et surtout, tu m’as donné l’envie de toujours me former, questionner, essayer. Je t’en suis profondément reconnaissante. »

Ce blog « L’école de mes rêves » : un outil de formation

J’ai commencé ce blog en septembre 2015. Une nouvelle rentrée ! Mais cette fois-ci, sans élèves. Une année pour continuer à lire, à apprendre et à aller à la rencontre d’autres enseignant(e)s, d’autres façons de penser et de faire. En d’autres mots, une véritable chance que je savoure à chaque instant ! Ce blog en est la réalisation concrète.

Grâce aux articles que j’écris, je souhaite partager ce que j’ai appris et apprend : de la théorie mise en pratique et de la pratique reliée à la théorie. L’un ne va pas sans l’autre. C’est l’une des caractéristiques de ce blog. Ici, vous ne trouverez pas de recette toute prête ou de solution magique. Je propose, au contraire, des apports théoriques qui tenteront d’éclairer les pratiques et des situations d’apprentissages justifiées par des éléments de réflexion et de recherche.

Ce blog est d’abord une aventure individuelle : l’écriture m’aide à organiser et structurer ma pensée. Je le considère comme un outil pour continuer à me former. C’est également un moyen de partager mes réflexions avec les lecteurs et de susciter des échanges enrichissants pour tous. Et j’ai une troisième motivation : le fil rouge de mes écrits est de pouvoir mûrir le projet pédagogique de « l’école de mes rêves ». C’est une première phase vers sa réalisation concrète !

Et pourquoi cet article-ci ? C’est une occasion de prendre du recul et de me demander : « En quoi mes doutes et mes questions m’ont fait avancer plus qu’ils ne m’ont paralysée ? », « Comment en suis-je arrivée là ? » Pour apporter de la lumière au tableau sombre de l’article « Pourquoi j’ai quitté l’Education Nationale », voici les grandes étapes de mon p’tit bonhomme de chemin.

Ma transformation : Les temps forts de mon parcours

De l’animatrice à l’enseignante

Adolescente, je voulais devenir éducatrice spécialisée. Ce projet venait très certainement du fait que j’avais plusieurs copains qui vivaient des situations familiales très compliquées et se retrouvaient placés dans des foyers. J’avais envie d’aider ces jeunes-là. Et puis, on m’a ri au nez en me disant qu’un petit gabarit comme moi n’y arriverait. En fait, je me suis vite rendue compte que ce n’était pas mon physique mais ma capacité à prendre de la distance qui me ferait défaut. J’ai donc choisi une voie moins éprouvante moralement, celle d’enseignante. Même si, pourtant, on rencontre des enfants qui vivent un quotidien très douloureux. Je me souviens d’un enfant dont la situation me touchait tout particulièrement et je me revois pleurer d’impuissance dans la salle des maîtres. Ma collègue Françoise m’avait alors dit qu’à l’école, on peut l’aider en lui offrant un lieu où il est valorisé et donc où il peut se construire positivement. Cette idée m’avait rassurée puis confortée dans le choix de mon métier.

Pendant mes études, j’étais animatrice dans des centres de vacances. J’y ai appris à gérer un groupe, à travailler en équipe, à découvrir le rythme et les particularités des enfants en fonction de leur âge. Je me suis vraiment épanouie dans ce rôle ! J’en ai gardé un réel enthousiasme pour toutes les sorties et les manifestations rythmant l’année scolaire (carnaval, fête de l’école..) qui permettent de créer du lien avec les familles et de la complicité avec les élèves.

Carnaval

Mes études universitaires (Licence Sciences de l’Education) m’ont fait découvrir, entre autres, Piaget, Vygotski, Wallon, Bruner… De la théorie utile mais dont je comprends seulement aujourd’hui les enjeux et implications pédagogiques car je peux faire le lien avec ma pratique.

Je me souviens également d’un module « innovation pédagogique ». Avec mon groupe, nous avions choisi de présenter un dossier sur l’association « Les petits débrouillards » qui fait découvrir la science en s’amusant. Nous y présentions notamment l’apprentissage par tâtonnement expérimental. A l’époque, le formateur nous avait répondu que cela n’avait rien d’y innovant. En effet, Célestin Freinet avait mis à jour ce processus d’apprentissage naturel il y a bien longtemps. Mais pour nous, c’était nouveau ! Cela me fait sourire aujourd’hui. Comment chercher de l’innovation quand on ne sait même pas ce qui existe ? C’était ma première rencontre avec Freinet.

Freinet, un peu, beaucoup ?

Avant même la sortie de l’IUFM (institut de formation des maîtres), je demandais à passer une semaine d’observation dans l’école Freinet Ange Guépin, à Nantes. Je n’avais à ce moment-là pas assez de recul pour en comprendre tous les rouages et poser des questions pertinentes. J’en suis donc sortie partagée entre la curiosité et une certaine incompréhension. C’était tellement loin de ce que je venais d’apprendre à l’IUFM. Par exemple, au cycle 3, il n’y avait pas de leçon d’histoire structurée, pas de démarche scientifique déterminé à l’avance pour apprendre les sciences. Les élèves réalisaient des exposés, travaillaient en groupe et en autonomie sur des sujets différents. En arts, il n’y avait pas de programmation ni de consigne. Certains dessinaient, d’autres sortaient la peinture… Mais comment apprenaient-ils ? Et que faisait l’enseignant ? Je ne comprenais pas.

Quelques mois après, c’était ma première rentrée. J’avais une classe de CM2. J’ai mis en place des outils de la pédagogie Freinet (Je dis « outils » car j’étais encore loin de la philosophie qui sous-tend cette pédagogie) :

  • Le Quoi de neuf qui permettait aux enfants de faire une présentation ou de raconter un événement qui s’était passé pendant le week-end. C’était pour moi un moyen d’expression pour les élèves. Je n’allais pas plus loin en rebondissant sur leurs présentations, ni en les lançant dans des recherches.
  • Le conseil de classe qui permettait de faire vivre la citoyenneté et le débat. Les élèves proposaient de nouvelles règles, en débattaient, organisaient des projets communs (concours de dessin…). Je me souviens de deux mamans me demandant si leur enfant n’était pas trop timide en classe. Deux enfants qui, précisément, n’hésitaient pas à exposer leurs idées et défendre leur point de vue lors des conseils de classe ! Je vous laisse imaginer le sourire de ces mamans entendant ça.
  • Le spectacle des élèves. Je ne suis pas sûre que cela soit un outil de la pédagogie Freinet, mais ça y ressemble. Avec ma jeune collègue, nous nous interrogions sur la manière d’encourager la créativité de nos élèves. Nous leur avions donc offert la possibilité de présenter un spectacle avant chaque départ en vacances scolaires. Cela n’était pas obligatoire. Ceux qui s’inscrivaient présentaient leur création préparée chez eux ou pendant les récréations. Face au succès de la première édition, tous les élèves ont voulu participé au second spectacle. J’ai alors mis en place un atelier d’écriture dans la classe : pièce de théâtre, devinette, chanson… Je me souviens de deux élèves qui souhaitaient participer mais ne savaient pas comment. Je leur avais proposé de devenir les présentateurs. Ils ont pris leur rôle très à cœur : ils ont déniché des micros, des costards-cravates, ils ont interrogé tous les participants pour connaître leur numéro, ils ont mis de l’humour dans leur discours… ils étaient époustouflants !

Tout cela participait à créer une ambiance de classe agréable et conviviale, une classe où il faisait bon vivre. Je me souviens que l’année suivante, lors de mon inspection, l’inspectrice était présente lors du Quoi de neuf. Ce jour-là, un élève de CM1 avait chanté et joué à la guitare un morceau populaire du moment. Je m’inquiétais, lors de l’entretien, qu’elle questionne certaines paroles indécentes de la chanson choisie. Elle m’avait simplement dit que le fait qu’un élève ose chanter ainsi devant tous ses camarades révélait le climat de confiance instauré dans la classe. Quel plaisir d’entendre ça !

Analyser le savoir en jeu

A côté de cela, je me sentais stressée et frustrée face aux difficultés d’apprentissage persistantes de certains élèves. Je me revois dans le bureau de l’enseignante spécialisée qui suivait une de mes élèves de CM2.  Elle me faisait faire du calcul mental et m’interrogeait sur mes procédures, pour pouvoir, ensuite, faire le lien avec sa démarche de remédiation, mise en place pour l’élève. Je ne comprenais pas pourquoi elle travaillait sur la décomposition des nombres inférieurs à 20 alors que l’élève était en CM2 ! Elle finissait par s’agacer et me dire que ça n’était pas son rôle de m’expliquer tout ça, elle n’était pas formatrice. Certes, aux dires de ses parents, cette élève s’était épanouie pendant cette année scolaire, mais elle n’avait pourtant pas comblé son retard dans ses apprentissages.

Il a fallu que je sois en charge d’une classe de Grande Section, deux ans plus tard, pour que je comprenne vraiment ce que l’enseignante spécialisée m’expliquait. J’ai découvert, notamment, comment se construisent les notions de quantité et de nombre en maternelle et en quoi elles sont déterminantes pour les apprentissages futurs. J’ai alors mieux compris les blocages de cette élève de CM2.

Cette année auprès d’élèves de Grande Section m’a transformée grâce à la rencontre de deux collègues dont Françoise, pratiquant la pédagogie Freinet. En travaillant avec elles, j’ai appris énormément sur le développement de l’enfant, sur les compétences à développer en fonction des domaines d’apprentissage et sur la posture de l’enseignant. C’était comme un « compagnonnage ». Je comblais la trop courte formation sur la maternelle dispensée par l’IUFM et, surtout, je prenais conscience de l’importance de continuer à me former tout au long de ma carrière, par des lectures, des rencontres et des stages.

Ces deux enseignantes me permettaient de vivre un autre regard sur les enfants et sur l’école.

C’est en enseignant à leurs côtés que j’ai compris l’importance :

  • des projets motivants, sources d’apprentissages et fédérateurs: le marché de Noël, le carnaval, la sortie au parc animalier, les crêpes…
  • du sens : quel sens cela a-t-il pour l’enfant de faire ceci ?
  • d’analyser les concepts qu’on enseigne
  • de la nature comme source d’apprentissages
  • de mettre l’élève en réflexion grâce à des situations d’apprentissage qui reviennent régulièrement et se complexifient
  • de créer une relation de confiance avec les familles
  • d’analyser les paroles des élèves pour comprendre où ils en sont et donc d’évaluer de façon constructive et valorisante.

la promenade

Je travaillais avec ces deux collègues, sans que jamais ou très rarement soit nommé « Freinet » ou « pédagogie Freinet ». Alors en quoi tout ce que je découvrais en relevait vraiment ? Je ne savais pas et je ne me posais pas vraiment la question. La pédagogie Freinet est interprétée et adaptée différemment par chacun. Elle est devenue l’une de mes sources d’inspiration et de formation, sans pour autant me dire « enseignante Freinet ».

Par chance, à la rentrée suivante, j’avais une classe de Petite Section où j’ai pu réinvestir tout ce que j’avais appris et approfondir mes connaissances sur les particularités de ce niveau de classe.

Des doutes qui font avancer

Par la suite, je me suis retrouvée deux années consécutives à compléter des collègues travaillant à temps partiel. Autrement dit, je n’avais pas une classe à l’année mais une classe différente chaque jour de la semaine.

Si jusque-là mes doutes et questionnements m’avaient permis d’avancer, dans cette nouvelle situation ils devenaient plus difficiles à vivre car je ne m’autorisais pas nécessairement à vivre ma liberté pédagogique et à tenter de nouvelles solutions.

Face aux difficultés scolaires et de comportements des élèves, je me questionnais beaucoup sur le sens qu’ils pouvaient donner à ce qu’ils vivaient : Quel intérêt d’apprendre à lire pendant plus d’un mois sur la même histoire ? Pourquoi l’enseignante choisirait-elle les mots de référence à la place de l’élève lui-même ? Pourquoi cet enfant de CP joue avec tout ce qui est à portée de main ? Pourquoi n’a-t-il plus de temps ni d’espace pour jouer dans la classe ? Pourquoi ne veut-il pas apprendre à lire ? Quel sens donné au comptage et recomptage des mêmes dix jetons bleus ? Pourquoi se mettre en rang avant de rentrer dans la classe ? Pourquoi leur imposer de peindre quelque chose alors qu’ils ont plus de plaisir à peindre ce qu’ils ont choisi ? …

Je ne dis pas qu’il n’y aucun sens ni raison à tout cela mais c’est la « résistance » des élèves qui questionnaient et remettaient beaucoup de choses en cause.

Avec du recul, je retiens de ces deux années-là deux expériences qui m’ont beaucoup apportées.

Apprendre en tâtonnant

Quand je suis arrivée dans une des classes, chaque élève avait à sa disposition un fichier d’exercices en géométrie. Comment résumer l’apprentissage de l’espace, des formes et des volumes à quelques exercices à trous dans un fichier?

Mon amie et ancienne collègue Françoise m’a alors suggéré une situation de départ pour faire découvrir les propriétés du carré et du rectangle par les élèves. Il s’agissait de découper une feuille rectangulaire, puis de la reconstituer en la collant sur une autre feuille de forme identique. Idem pour le carré. Un temps d’échange et de bilan suivait ce travail, pendant lequel je notais les propos des élèves.

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Je connaissais mes objectifs : à l’issue des différentes séances, les élèves devaient être capable d’identifier un carré et un rectangle, de justifier leur réponse en énonçant leurs propriétés liées aux longueurs des côtés et aux angles, et de proposer des exemples pour chacune des deux formes. Ce que je ne connaissais pas à l’avance, c’était le chemin qui allait y mener. Contrairement à d’habitude, où je concevais à l’avance toutes mes séances que je déroulais ensuite, cette fois-ci je ne savais pas ce que serait la séance suivante. Ceci m’a permis d’être vraiment à l’écoute des élèves et de rebondir en fonction de ce qui s’était dit pendant la séance. J’ai vécu, en même temps que mes élèves, le tâtonnement expérimental. J’ai vraiment pris conscience du fait que j’orientais beaucoup le déroulé des séances en fonction de ce que j’attendais des élèves et non en fonction de là où en était chacun.

Des carrés et des rectangles, les élèves en voyaient et manipulaient depuis la maternelle. Je n’imaginais pas à quel point cela prendrait du temps de leur faire dépasser leur perception immédiate et intuitive pour aller vers l’identification de propriétés et donc vers l’abstraction. En le vivant, j’ai vraiment compris à quel point il faut du temps pour apprendre. Cela implique qu’il est nécessaire de faire des choix dans le programme pour travailler en profondeur ce qui est essentiel, plutôt que de tout survoler.

Un atelier philo

Une seconde expérience que je retiens est née des difficultés d’entente et de mise au travail dans une classe de CE2. L’enseignante spécialisée de cette école m’a conseillé de mettre en place des ateliers de réflexion (atelier philo). Dans un lieu autre que celui de la classe, nous nous asseyions en cercle. Une bougie était allumée au centre pour matérialiser la durée de l’atelier. Un bâton de parole circulait d’élève en élève. A partir d’une question, chacun d’entre eux pouvait s’exprimer ou non. L’objectif était qu’ils s’écoutent et prennent conscience que leurs camarades peuvent avoir des points de vue différents du leur. Ma posture d’enseignante était différente dans cette situation : j’étais en retrait, j’écoutais et notais puis je reformulais en fin de séance, sans être dans l’attente d’une bonne réponse. Cette expérience m’a révélé la profondeur des questionnements et réflexions de ces jeunes élèves. Elle m’a également permise de lâcher-prise en étant simplement dans une posture d’écoute, sans attente. Ce qui a rendu par la suite les relations moins tendues avec les élèves. Cette expérience fut trop courte pour vraiment aller vers une réflexion philosophique et voir les attitudes évoluées. C’est en tout cas une situation d’apprentissage que j’approfondirai.

J’ai eu la chance également de participer à un groupe de réflexion pendant lequel nous échangions sur des thèmes divers : l’analyse du langage, la lecture d’images, l’évaluation, les jeux mathématiques, la place du numérique… Ces temps d’échange me permettaient de prendre du recul par rapport à ma pratique, de ne plus me situer dans le quoi mais dans le pourquoi des choix pédagogiques, en lien avec le développement de l’enfant et de l’analyse des savoirs à enseigner.

 « […] de la question : « Qu’est-ce que je vais faire ? » à l’interrogation expectante : « Qu’est-ce que je vais voir ? »
L’activité mentale en maternelle, Depeyre et Perbet

Initiation à la pédagogie Montessori

Je me suis également intéressée à la pédagogie Montessori. Tout comme pour la pédagogie Freinet, j’avais commencé par utiliser des outils sans en connaître la philosophie et les principes fondateurs. Dans la classe de Petite Section, je proposais quelques ateliers d’ « éducation sensorielle » et de « vie pratique ». Puis quelques années plus tard, en 2014, face à mes doutes et difficultés en classe, je trouvais à cette pédagogie très en vogue un attrait séduisant. Ce cadre très structuré allait-il être une solution et m’apporter LA méthode qui effacerait mes doutes et mes difficultés ?

Montessori

J’ai fait une initiation à Nantes. Durant plusieurs soirées, parents, éducateurs et enseignants, nous nous retrouvions chez une éducatrice formée à la pédagogie Montessori pour les enfants de 3 à 6 ans. Elle nous présentait les grands principes, le fonctionnement d’une classe et le matériel. La structuration et la progressivité du matériel, le libre choix, le développement de l’autonomie, le respect du rythme de chaque enfant, l’attention au calme… J’ai beaucoup appris de tous ces principes fondateurs. S’il est vrai que cette pédagogie présente de nombreux atouts, elle a, il me semble, ses limites, en minimisant par exemple la place du langage dans la structuration et le développement de la pensée. Elle n’en reste pas moins une de mes sources d’inspiration et de formation.

Mon amie Françoise m’a souvent dit qu’il fallait apprendre à vivre avec mes doutes d’enseignante, accepter ses doutes qui sont constructifs. Je voulais avoir des certitudes, avoir un mode d’emploi qu’il suffit de suivre pour remplir au mieux ma mission d’enseignante. Ça aurait été tellement plus rassurant. C’est en écrivant cet article, que je me rends compte que ce sont tous mes doutes et questionnements qui m’ont permis d’avancer et, de construire des compétences et des savoirs que je n’aurais pas développés sans cela.

Des voyages pour m’ouvrir et travailler sur moi-même

Aujourd’hui, je mets ma pratique entre parenthèses mais pas ma réflexion.

Globe trotteuse

A la découverte d’écoles alternatives

En 2013, j’ai eu le bonheur de pouvoir faire le tour du monde pendant presque 6 mois. Au terme de ce voyage passionnant, j’avais terriblement envie de retrouver une classe. Je réalisais à quel point mon métier comble mon besoin d’accomplissement et donne un sens à ma vie. En 2015, je repars en voyage mais cette fois-ci avec mon blog comme moyen de réflexion et de réalisation. Je profite également de mon temps pour visiter des écoles aux pédagogies alternatives:

Mieux me connaître pour construire une attitude bienveillante

Ma disponibilité me donne également du temps pour lire davantage. Je viens de terminer la lecture de La ferme des enfants, une pédagogie de la bienveillance, de Sophie Bouquet-Rabhi et L’école du Colibri, la pédagogie de la coopération, d’Isabelle Peloux et Anne Lamy.

La ferme des enfants L'école du colibri

Une idée commune à ces deux livres a particulièrement résonné en moi : travailler sur soi pour se présenter à l’enfant bienveillant, serein et confiant.

Je partage avec ces deux auteures l’idée que la bienveillance, la confiance et la sérénité sont des compétences indispensables à développer chez l’enseignant. Or cela ne se décrète pas. Lors d’une année où je complétais les collègues à temps partiel, je me montrais patiente, douce et compréhensive dans certaines classes alors que dans une autre, il se passait rarement une semaine sans que je me retrouve en colère à un moment donné. D’une classe à l’autre, j’étais méconnaissable. Et pourtant, mes intentions étaient les mêmes.

Pourquoi me mettais-je dans un état émotionnel pareil ? Qu’est-ce que cela réveillait en moi ? Pour être un enseignant calme, détendu et serein, et donc pleinement disponible, cela nécessite d’ « être au clair avec soi-même », selon l’expression employée par Isabelle Peloux. Sophie Bouquet-Rabhi, quant à elle, écrit : « Le premier obstacle à la pratique de la bienveillance est soi-même. »

Elles invitent toutes les deux à un travail thérapeutique pour identifier nos peurs, nos blessures et ainsi trouver un calme intérieur, un émotionnel apaisé en toutes circonstances.

Par ma part, je ne suis pas encore très à l’aise avec l’idée d’une introspection remontant jusqu’à l’enfance. Je cherche par d’autres moyens à trouver la sérénité et à mieux comprendre mes émotions pour en rester maître. Pour cela, l’auteure Isabelle Filliozat m’apporte une meilleure compréhension de ce qui se passe en moi, notamment, en apprenant à distinguer les émotions naturelles des émotions parasites qui sont disproportionnées.

Un stage de Communication Non Violente

La Communication Non Violente est aussi une façon d’accéder à la paix avec moi-même puis avec les autres.
En août 2015, j’ai participé à un stage de 6 jours de pratique sur ce thème. J’y ai découvert dans un premier temps la marelle de l’auto-empathie. Elle me sert à identifier mon émotion et le besoin qu’elle cache. Cela me permet de trouver un apaisement dans l’instant et de mieux me connaître.
J’essaye ainsi d’apprendre à ne plus nier mes émotions qui, je sais, resurgiront à un moment ou un autre. Apprendre à se donner de l’empathie, puis à en donner aux autres, demandent du temps pour en faire un véritable art de vivre avec soi-même et avec les autres.

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Le yoga : rendez-vous avec moi-même

Enfin, j’ai trouvé dans la pratique du yoga une véritable source de relaxation et d’apaisement, notamment après certaines journées de classe difficiles. Cela me permet de me connecter avec moi-même, en écoutant mes sensations internes et, en me centrant sur ma respiration. J’ai aussi testé la méditation mais, en ayant trop d’attentes vis-à-vis de cette pratique, je n’arrivais pas à lâcher prise. J’y reviendrai très certainement plus tard.

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J’arrive au terme de cet article que j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire.
Je suis pleine de projets pour l’avenir et, finalement, il m’arrive peu souvent de m’arrêter pour regarder et apprécier le chemin parcouru.
Merci Françoise de m’avoir donné envie d’écrire cet article !

Je m’interroge maintenant sur l’intérêt de cet article, pour vous, lecteur, qui ne me connaissez peut-être pas.
Peut-être pourriez-vous le lire comme une invitation à en faire de même ?
Prenez le temps de regarder vos réussites, vos avancées et de vous offrir un moment de gratitude !

N’hésitez pas à partager vos expériences marquantes d’enseignant(e), en laissant un commentaire ci-dessous: Qu’est-ce qui vous a transformé ?

Au plaisir de vous lire !

8 réflexions au sujet de « Qui suis-je, et pourquoi ce blog existe ? »

  1. 🙂
    Ton témoignage résonne comme un profond échos à mon propre parcours… Tout pareil, à quelques détails près!
    Cela fait du bien de te lire. Je sais que l’on est très nombreux à s’inscrire dans le même cheminement, mais nous sommes un peu invisibles… En se retrouvant, on se sent un peu plus légitimes, donc un peu plus forts!
    Merci, donc, pour ton article. Ton témoignage est franc et ta démarche est limpide. Je sens en toi une pédagogue passionnée, une soif d’apprendre, de te construire pour transmettre le meilleur. Je pense que tu n’as pas dit ton dernier mot!

    1. Merci Emilie pour ton partage !
      Je suis également convaincue que c’est en partageant et en cheminant ensemble, qu’on peut avancer et inventer de nouveaux possibles pour l’école !

  2. Bonjour Cécile,

    Je découvre votre blog. Dans quelle région de la France vivez-vous ? Où envisageriez-vous la création de « votre » école ?

    Je vous remercie

    Gaëlle (Finistère)

    1. Bonjour Gaëlle,

      L’école sera créée à Nice ou dans ses alentours.
      (Je suis originaire de la Bretagne: Côtes d’Armor puis Nantes.)

      Bien à vous,

      Cécile

  3. Un cheminement de pensée similaire ? un parcours avec des ressemblances et des différences …. Belle rencontre blog ? un envie d approfondir, de partager et d échanger autrement ?

    1. Eh bien, au plaisir d’échanger avec toi !
      Sur le blog lui-même, au dessous des articles, et même par email:
      [email protected]

      Sur les réseaux sociaux, il y a aussi une belle effervescence autour de la thématique de l’éducation et des écoles alternatives qui se créent.

      Alors, à très vite 🙂

  4. Génial, ton parcours me parle beaucoup ! 🙂 Je suis aussi passionné par l’éducation (je suis en M1 Sciences de l’Éducation, sur Nancy) au sens large, avec l’idée que c’est bien une clef essentielle pour l’émergence d’un monde plus « sage » ! 🙂 Et je me suis aussi formé 6 jours à la CNV (avec la formatrice-traductrice du livre « Les mots sont des fenêtres ou bine ce sont des mots », sur Metz), processus et philosophie pour lequel j’accroche totalement !

    J’aimerai bien échanger avec toi sur ces sujets, et pourquoi pas t’interviewer sur mon blog: je trouve intéressant de diffuser des informations sur le fait qu’il n’y pas que l’école classique qui existe… !

    Au plaisir,

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