Le carnet de piscine

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Je présente dans cet article un support d’apprentissage très intéressant pour les élèves en Grande Section de Maternelle : le carnet de piscine !

Il est facile à mettre en œuvre et répond à deux objectifs : développer le langage oral des élèves et les familiariser avec l’écrit.

Quelle forme ?

C’est un ensemble de feuilles blanches A5 reliées entre elles.
La première page peut-être d’une couleur de votre choix, c’est la couverture. L’élève y inscrit son prénom.
A l’intérieur de ce carnet, il y a autant de doubles pages blanches que de séances de piscine.
La reliure peut être faite d’agrafes ou d’une spirale en plastique.

Et c’est tout !

carnets de piscine

Quel contenu ?

Après chaque séance de piscine, les élèves dessinent sur un côté de la double page.
Sur l’autre côté, sera collé un texte tapuscrit de leur récit de la séance.
Selon le moment de l’année, une ligne peut être tracée pour qu’ils puissent écrire eux-mêmes la date.
Parfois, je leur donne des photos de la séance à coller près de leur texte.

exemple carnet de piscine

Quelle mise en œuvre possible ?

Voici une suggestion de mise en œuvre telle que je l’ai vécue :

Premier temps

Chaque séance de piscine est accompagnée d’un temps de langage avant et/ou après, selon le moment de la journée où elle a lieu. C’est l’occasion de nommer le matériel et sa fonction, de décrire les actions en lien avec les différentes parties du corps, de parler de ses émotions…

« J’ai fait le crocodile. J’ai mis la tête sous l’eau. Le maître-nageur il avait un bonnet tout rose. Et j’ai marché dans l’eau. J’ai mis la tête sous l’eau. Et je voudrais bien plonger. Et aussi j’ai glissé sur le toboggan rouge. Au début, j’allais au profond de l’eau. J’ai pas eu peur. Et aussi j’ai même pas pleuré, j’étais même pas mort. »

Deuxième temps

Après chaque séance de piscine, les élèves ont un temps calme pendant lequel ils dessinent avec des crayons de couleur dans leur carnet de piscine. Si la séance a lieu le matin, ce moment peut avoir lieu en début d’après-midi, par exemple. Une musique douce peut être mise en fond sonore. Ce temps dure environ 30 minutes. S’ils ont terminé avant, ils peuvent continuer à dessiner dans leur cahier de dessin, prendre un livre ou faire une autre activité calme.

dessin carnet de piscine

Pendant qu’ils dessinent, je vais m’asseoir auprès de chacun et je leur demande, à voix basse, de m’expliquer ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont appris pendant la séance. En chuchotant, ils me racontent leurs exploits, leur peur, leur joie et je prends note de tout cela dans mon cahier.

Quand les groupes sont nombreux, je n’écoute chacun qu’une séance sur deux, ou bien, je commence à prendre note dans le car du retour, ou bien encore, je note pendant le temps de langage collectif les propos de ceux qui prennent la parole.

« Moi j’ai ramassé des anneaux avec mes mains. J’ai plongé ma tête dans l’eau. Et aussi j’ai glissé sur le toboggan en avant. Et aussi j’ai mis le nez dans la piscine. Et aussi j’ai mis la bouche dans la piscine. Eh bah, j’ai aussi mis toute la tête dans l’eau. »

Troisième temps

Plus tard dans la semaine, je les appelle par petits groupes d’élèves et on s’installe autour d’une table. Au centre de celle-ci, je dispose leurs textes que j’ai préalablement tapés à l’ordinateur. Au dos, leur prénom est inscrit au crayon de bois. Grâce aux indices que je leur donne, ils ont pour consigne de retrouver leurs textes qu’ils collent ensuite dans leur carnet de piscine, à côté du dessin.

Je ne vous cache pas que la phase de prise de note et de transcription au propre prend du temps. C’est un choix à faire !

exemple de carnet de piscine

Quels savoirs et savoir-faire en jeu ?

Langage

Temps collectifs :

A la piscine, on est dans l’action à chaque instant! C’est un moment intense qui nécessite d’y revenir au calme en classe. C’est de la qualité des échanges, qui précèdent ou suivent, que les élèves auront une meilleure compréhension de leur corps, de leurs actions et conséquences, de leurs émotions. Cette mise à distance par les mots permet des prises de conscience.

Temps individuel :

C’est un moment d’expression individuel qui permet à l’élève de revenir sur ce qu’il a vécu.

C’est en notant les propos des élèves que j’ai réalisé à quel point il est important que je sois précise dans ce que je renvoie lors des temps de regroupement. C’est pourquoi j’ai commencé à définir des objectifs pour ces temps d’échanges, sans pour autant m’y enfermer : la chronologie de la séance, les liens entre les mouvements et les actions, entre les actions et l’eau, la description de mouvements associés aux parties du corps et articulations correspondantes, la respiration, les connecteurs spatiaux, les émotions, les catégories de matériel en classant ce qui flotte et ce qui coule…

Analyse du langage:

L’analyse de leurs propos permet, pour l’enseignant, de savoir où chaque élève se situe dans le développement de sa pensée et dans la maîtrise du langage.

Différents axes peuvent être analysés :
– les temps (passé composé, imparfait, plus-que-parfait),
– les connecteurs spatio-temporels (sous, dessous, au fond, après…),
– les liens logiques (mais, si, alors, parce que…)
– les modulateurs (tous, quelques, plus grand que…)
– le lexique
– etc…

Je vous renvoie vers une grille d’analyse du langage et un texte explicatif de Françoise Diuzet qui a développé une réelle expertise dans ce domaine.

L’intérêt est de pouvoir ensuite parler à chacun en fonction de ses manques et l’aider ainsi à progresser. Et c’est là, à mes yeux, la tâche la plus ardue !

Dessin

Les dessins sont aussi très intéressants à observer. Ils traduisent, dans une certaine mesure, les représentations mentales des élèves: celles du corps et celles de l’espace principalement.

Ils révèlent également ce sur quoi ils se focalisent : certains colorient toute la page en bleue et ne représentent essentiellement que la piscine, alors que d’autres symbolisent l’eau par une ligne ; certains choisissent de représenter le matériel et d’autres se dessinent seuls ou avec leurs copains ; certains n’ont pas d’idée, d’autres refont toujours le même dessin, et d’autres encore varient en fonction de leur vécu…

C’est pourquoi il est intéressant d’organiser un temps d’observation et d’échanges à partir de ces dessins. Cela apporte aux élèves un autre point de vue que le leur et peut enrichir et diversifier leur approche. On peut aborder les points de vue dans l’espace (vue de profil, vue du dessus), la façon de représenter l’eau, la position du matériel par rapport à la piscine (lignes d’eau, toboggan)…

 

Découverte de l’écrit

La familiarisation avec l’écrit intervient lors du troisième temps, lorsque les élèves cherchent leur texte à partir des indices donnés.

Les premières remarques peuvent être laissées aux élèves :
Qu’est-ce qui se ressemble ? La date, le point final, des mots, les majuscules…
Qu’est-ce qui est différent ? La longueur, les mots
Comment savoir lequel est à qui ? Tu lis pour nous…

Puis l’enseignant donne des indices à chacun. La réflexion reste collective car il faut montrer, justifier pour ne pas se tromper.

« Tu as beaucoup parlé la dernière fois. » / « Tu as peu parlé. »
Ce type d’indices renvoie à la correspondance oral/écrit.

« Tu avais commencé par dire « Julien nous a montré… » » / « Ton dernier mot était « piscine » ».
Cela renvoie à la notion de début et de fin d’un texte.

Les mots « Julien » et « piscine » peuvent être reconnus instantanément s’ils sont fréquentés, ou être décomposés par l’enseignant pour aider.
« Julien, ça commence par la syllabe JU. JU, ça s’écrit avec un J et U. »
Ces indices renvoient à la notion de mots composés de syllabes, elles-mêmes composées de lettres.

Des exemples d’analyse de carnets de piscine

Extrait 1: « J’ai fait du toboggan. On a fait le chinge avec le petit crabe. Et aussi on a sauté dans l’eau. Mon corps i flottait où c’était pas profond. »

L’élève utilise le passé composé et l’imparfait.
Elle utilise « et aussi » pour signifier ce qui s’est passé après.
Le « s » est prononcé « ch ».
Elle construit une phrase complexe en utilisant « où » pour situer dans l’espace.
Le « i » répète « mon corps ».

Extrait 2: « On a fait le parcours comme on avait fait avant. Après on est descendu au toboggan. On a plongé. On a fait l’étoile de mer. Pour l’étoile, i fallait s’allonger la tête dans l’eau et pas voir les pieds. L’étoile c’est aussi s’allonger. Après on est allé dans le petit bassin où étaient les jaunes et les rouges. Après on s’est mis sur le rebord où on a vu si nos jambes flottaient. Après on est cherché quelque chose dans l’eau. J’ai eu un peu peur mais tout se passait bien. »

Connecteurs de temps : avant, après
Temps : passé composé, imparfait, plus-que-parfait
→ L’élève situe les événements dans le temps (« comme on avait fait avant »).
Connecteurs logiques : comme, pour, aussi, mais, si
→ L’élève fait des liens pour expliquer, construit des phrases complexes.
Espace : dans le petit bassin où étaient…, sur le rebord où on a vu…
→ Il a une volonté de préciser pour se faire comprendre.
Modulateur : un peu
→Il partage et préciser son appréciation « j’ai eu un peu peur ».

Extrait 3: « En fait, on a commencé à faire le jeu de l’orage. Et après on a fait le parcours. L’avait des p’tits anneaux, on devait les prendre pour faire le volant et après fallait passer en d’ssous des frites. Moi j’ouvrais les yeux sous l’eau pour voir qui était devant moi. Et après on devait poser l’anneau et monter dans le toboggan. Moi j’ai pris celui qui était plus profond. Et après on devait s’accrocher à la ligne d’eau mais moi je nageais et je doublais tout le monde. »

Temps : passé composé, imparfait
Verbe/Connecteurs temporels : on a commencé à, et après, et après, et après
→L’élève décrit un enchaînement d’actions les unes après les autres.
Connecteurs spatiaux : en d’ssous, sous, devant, plus profond
Liens logiques : pour faire, pour voir qui, mais
→Il fait des liens : « pour voir qui était devant moi », il cherche à préciser :« celui qui était plus profond ».
Rapport à la règle : on devait, fallait, on devait

Extrait 4: « On a fait le même parcours. Et puis en fait, on avait pas pu, quand on était accroché au mur, traverser la frite puisqu’elle était pas là. Et puis après on n’a pas fait pareil pour aller dans le petit bassin. Et dans le p’tit bassin, on s’est entraîné à faire l’étoile. On est aussi parti chercher des anneaux en mettant la tête sous l’eau. Et puis on fait le jeu des volants. Et pour prendre nos volants, on a mis la tête sous l’eau comme pour ramasser les anneaux. »

Connecteurs temporels : et puis, quand, et puis après
Temps : passé composé, imparfait, plus-que-parfait « avait pas pu »
→Avec le plus-que-parfait, la pensée réversible (complexe) apparaît.
Connecteurs logiques : puisque, pour, comme pour, quand
→L’élève a une compréhension fine qu’il traduit par des comparaisons par opposition (« on n’a pas fait pareil »), par analogie (« le même », « comme pour ramasser les anneaux »).
→Il cherche à préciser sa pensée en expliquant le pourquoi (« on avait pas pu… puisqu’… ») et en expliquant le comment (« en mettant la tête sous l’eau »).
→Il construit des phrases complexes qui traduisent une pensée complexe : la proposition « quand on était accroché au mur » est insérée dans la proposition principale, sans qu’il ne perde le fil de sa pensée.

Pour approfondir l’analyse du langage, je vous invite à consulter le site de Françoise Diuzet :
une grille d’analyse : les constats, les significations possibles en lien avec le développement de la pensée
un texte expliquant les différentes catégories d’analyse, là où en est l’élève en fonction de ce niveau, et comment l’aider à enrichir les catégories qu’il n’a pas encore développées.

6 réflexions au sujet de « Le carnet de piscine »

  1. Très complet comme article et très bonne idée que d’utiliser ce carnet de piscine, on va mettre ça en place cet été !

  2. Merci de ces bonnes idées. C’est plus difficile de mettre tout cela en oeuvre en CP, nous disposons de moins de temps, mais je vais essayer de prendre un temps d’observation du langage oral par petits groupes au retour de piscine. Isabelle

    1. Bonjour Isabelle,
      C’est déjà une belle intention de continuer à travailler le langage oral en CP.
      Après, le temps, c’est une question de choix.
      Tu peux, par exemple, différencier les consignes: certains écrivent une phrase et l’illustrent pendant que tu travailles avec ceux qui ont davantage de besoin en langage oral.Tu peux aussi organiser une rotation d’une semaine à l’autre.

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