Comment créer un partenariat parent/enseignant dans la coéducation des enfants ?

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La plupart de mes amies sont aujourd’hui mamans et me font part de leurs nouvelles interrogations et inquiétudes depuis que leurs enfants vont à l’école. « J’ai le ventre noué de laisser ma fille de 3 ans en larmes à la grille de l’école. »; « Je ne sais pas ce qu’il fait à l’école. »; « Je me sens toute petite devant la maîtresse, comme si je redevenais élève. »; « Je m’inquiète mais je n’ose pas retourner voir l’enseignante. »; « Il a une leçon à apprendre mais il n’a rien compris. Je dois passer ma soirée à lui expliquer. »…

Cela m’attriste et me révolte d’entendre autant d’inquiétudes, d’entendre des parents, comme leurs enfants, en souffrance, se sentant impuissants. Autant de parents qui veulent que cela change sans savoir comment faire.

Je suis convaincue que la transformation de l’école passera par les pratiques des enseignants qui se forment par eux-mêmes et qui ouvrent l’école aux parents.

Apprendre à se connaître

Accueillir l’enfant et ses parents

L’accueil du matin et la sortie sont deux temps transitoires à réellement penser et organiser comme partie intégrante de la journée d’école. Deux temps à penser comme un accueil de l’enfant et de ses parents.

Cela implique d’ouvrir l’école et les classes aux parents. Le matin, les parents ne vivent plus un sentiment d’abandon de leur jeune enfant mais c’est une plus douce transition pour l’enfant comme pour ses parents. 

La sortie est tout aussi importante. Elle peut devenir un réel temps d’échange dans la classe entre le parent et son enfant: l’enfant a envie de montrer ce qu’il a fait, le parent a envie de savoir et de comprendre.

A titre d’exemple d’organisation, je me souviens d’une collègue de Petite Section qui laissait les parents entrer dans la classe alors que les enfants étaient encore en activité (plutôt que de les regrouper sur un banc à attendre d’être appelé).

C’est l’occasion également de créer la relation parent/enseignant grâce aux échanges informels.

Inviter les parents à passer une journée dans la classe

C’est lors de la réunion de rentrée que l’enseignant explique le fonctionnement de la classe. Il peut les accueillir un verre de  jus de fruits et une brioche pour une rencontre plus chaleureuse. Pour accompagner ses explications, il peut diffuser des vidéos des élèves en activité et des photos de leurs travaux. Malgré tout, les explications peuvent être perçues comme abstraites par les parents, voire source d’inquiétudes lorsque la pédagogie est différente de ce qu’ils ont connu.

C’est pourquoi il me semble intéressant d’inviter les parents à venir passer une journée dans la classe. Cette journée permet aux parents de réellement comprendre le fonctionnement. De plus, les échanges parents / enfants (le « Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ? ») se baseront sur du concret partagé.

Bernard Collot (enseignant retraité ayant théorisé une école du 3ème) va encore plus loin:

« Lorsque j’ai ouvert ma classe pour la première fois, c’était une des conditions impérative que j’avais posée avant leur venue: j’en attendais une critique, une discussion. Q’un professionnel attende les critiques change considérablement les données d’une problématique. Alors qu’habituellement elles sont considérées comme un désaveu et deviennent une arme pour ceux qui contestent, elles sont transformées en éléments de la réflexion collective (…). » p305

Oui, oui, vous avez bien lu ! Il demande une critique !

Avant leur venue, il prépare les parents en leur disant que ce ne sera pas une journée parfaite, que ce sont les erreurs et les difficultés qui font évoluer sa pratique, qu’il attend d’eux de pouvoir discuter après cette journée.

« (La confiance) ne peut être que la résultante d’une connaissance réciproque, d’une transparence qui permette la compréhension et aussi la critique. » B. Collot p.296

Organiser des activités fédératrices

J’apprécie beaucoup les sorties organisées en fin d’année pour l’ambiance conviviale qui s’y crée. Les relations parents, enfants, enseignants sont détendues et la bonne humeur est de rigueur !

Mais pourquoi attendre le mois de juin ? Je pense qu’il est très profitable d’organiser ce genre d’événement fédérateur dès le début de l’année scolaire. Pas besoin de chercher compliqué: une promenade suivie d’un pique-nique, où tous les parents sont conviés, est largement suffisante pour faire connaissance et démarrer l’année dans la convivialité.

De manière générale, les événements « extra-ordinaires » créent du lien.

Par exemple, une ATSEM avec qui je travaillais avait proposé de faire des crêpes sur le temps d’accueil des enfants et des parents un matin de février. Quelle bonne surprise pour les familles de commencer la journée tous ensemble à déguster des crêpes dans la classe !

Comprendre les parents

Il me semble important que les enseignants, en tant que professionnels, comprennent ce qui se joue du côté des parents. Voici quelques une des problématiques rencontrées. 

Des inquiétudes naturelles et légitimes

Même lorsqu’il est à l’école, les parent sont et restent les responsables de l’enfant. Rien de nouveau, me direz-vous, mais je ne suis pas encore maman et ce que j’ai compris, en lisant B. Collot, c’est à quel point « l’enfant est partie du parent» sur le plan affectif.

L’éducation a pour but de rendre l’enfant autonome, autrement dit, de l’aider à se détacher de ses parents. Passer de la dépendance à l’autonomie est un long processus qui n’est pas terminé quand l’enfant entre à l’école.

Voici ce que Bernard Collot écrit, en tant que papa, à des parents :

« Mais, à l’école, il est encore partie de nous et nous sommes encore partie de lui sur le plan affectif. Vous avez probablement eu comme moi ce sentiment: lorsqu’il est réprimandé, puni, ou lorsqu’il a reçu un coup de poing dans la cour de récréation, c’est souvent comme si nous étions touchés nous-mêmes, nous le ressentons dans notre propre chair. A l’inverse, ses réussites sont aussi un peu les nôtres. Parfois même nous exagérons en voulant réussir par son intermédiaire (en faire le tennisman qu’on aurait voulu être !). » B. Collot, Parents, éveillez-vous !

A la lecture de ses lignes, j’ai mesuré l’ampleur des inquiétudes que peut ressentir un parent lorsqu’il laisse son enfant à l’école. A cela, s’ajoutent les inquiétudes liées au devenir de l’enfant, à son futur d’adulte.

De plus, le parent se focalise sur son enfant alors que, pour l’enseignant, c’est l’ensemble des enfants qui importe. Il faut du temps au parent pour comprendre et accepter que son enfant ne soit plus l’objet unique de l’attention. 

Des inquiétudes naturelles donc, mais qui sont renforcées si le parent ignore ce qui se passe dans l’école et ne peut pas y agir. Il se sentira impuissant. A l’inverse, la transparence et la possibilité d’action, qui lui seront offertes au sein de l’école, lui permettront d’éviter des angoisses.

Des convictions et des représentations

Le parent a des convictions qui garantissent la cohérence de ses actions éducatives. (Pour un tel, il est nécessaire d’être autoritaire; pour un autre, il faut laisser de la liberté…).

Il a aussi ses propres représentations de l’école, en fonction de ce qu’il y a vécu, en fonction de ce qu’il est devenu. « C’est parce que l’école était comme ceci, ou n’était pas comme cela, que je suis devenu(e) ce que je suis. »

Pour éviter les conflits d’opinions et fermer le dialogue, les échanges parents/enseignants se basent sur du concret, des faits observables et non sur des opinions et des convictions. L’enseignant se base sur des constats, des connaissances et des analyses, et avance par tâtonnements, il accepte le doute qui le fait évoluer. Il ne cherche pas à convaincre et accepte que la transformation du fonctionnement de la classe demande du temps aux parents.

Reconnaître les parents

Se sentir reconnu est un besoin naturel et légitime, qui doit être satisfait pour pouvoir ensuite avancer ensemble. Se sentir reconnu, c’est percevoir, grâce aux autres, que j’existe, que j’ai de la valeur et que je fais partie du groupe.

C’est un des fondements du partenariat parents-enseignants (comme de toute relation humaine). Voici quelques pistes pour que les parents soient et se sentent pleinement reconnus à l’école.

Un espace-temps pour les parents dans l’école

Offrir un espace de rencontres et de discussions aux parents au sein même de l’école, c’est leur reconnaître une place. L’idée n’est pas nouvelle (cf. Loi d’orientation 2013) mais elle est très rarement mise en oeuvre (Faute d’espace ? Faute de volonté ?).

Ce peut être un lieu qui leur est réservé ou bien, pour commencer, un temps qui leur est consacré. Je vous invite à lire le partage d’une expérience d’un atelier de parole, dans une école maternelle de zone prioritaire : le-mardi-des-mamans. L’engagement et la créativité font naître des initiatives constructives (quand d’autres penseraient que c’est impossible) !

rencontre café

Le site Citoyen de demain propose un document intéressant concernant la communication avec les familles: interroger les familles (questionnaires), organiser des rencontres, outiller l’enfant médiateur entre l’école et la famille.

Un marché des connaissances

Bien souvent, les parents sont cantonnés à un rôle d’accompagnateur, et donc de surveillant, lors des sorties.

Pourquoi ne pas leur offrir la possibilité de proposer et de participer à l’élaboration d’activités, en collaboration avec les enseignants ?

C’est le cas, par exemple, à l’école Ange Guépin, une école publique Freinet de Nantes, où un marché des connaissances réunit, ponctuellement, parents, enseignants et enfants. Un marché des connaissances est un espace-temps où les « clients » (parents, enfants, enseignants) se déplacent de stand en stand pour apprendre de nouveaux savoirs et savoir-faire auprès des « marchands » (parents, enfants, enseignants). Vous trouverez des documents explicatifs, de préparation et des exemples sur ce site

Partager des informations au sujet de l’éducation et de la pédagogie

Je pense très sincèrement que les parents, loin d’être indifférents, s’intéressent à l’éducation.  Il me semble important de faire savoir aux parents les résultats d’expériences pédagogiques, des études (PISA) et des connaissances (neurosciences…). Sans être dans une démarche de persuasion, qui fermerait le dialogue, je pense que cela permettrait d’ouvrir leurs horizons sur d’autres possibles, cela enrichirait le dialogue et ainsi la coopération. Les parents pourraient ainsi devenir des soutiens, (voire même des acteurs ?), du changement au sein de l’institution.

Vers la co-responsabilité

Le partenariat parents-enseignants va plus loin que la seule ouverture des portes de la classe et de l’école. Ce mot-clé « Co-responsabilité » a été, pour moi, une réelle prise de conscience lors de la lecture du livre L’Ecole de la Simplexité de Bernard Collot.

Le faux problème de la confiance

Du côté de l’enseignant:

« (…) la « nécessité de la confiance » et la « recherche de la confiance » interviennent chaque fois où il faut masquer l’incertitude et obtenir une adhésion. Ce qui est le cas de la politique, de l’économie, de l’éducation. Tous les cas où la certitude est impossible, donc où il faudrait proposer des choix et non pas annoncer le seul choix à accepter… qui n’est alors plus un choix. » B. Collot p89

Du côté du parent:

« Lorsque l’on « fait confiance », on se décharge sur l’autre, on abandonne tout pouvoir mais aussi toute responsabilité, ce qui n’est possible qu’avec une personne que l’on connaît de longue date, surtout quand cet abandon concerne ce qui est encore une partie de nous-mêmes, nos enfants. » p.90 

Plutôt que de rechercher la confiance, Bernard Collot propose d’instaurer une collaboration fondée sur la coresponsabilité: responsabilité du parent, responsabilité de l’enseignant. La responsabilité est à la fois le pouvoir d’agir et l’obligation d’assumer les effets de ce pouvoir. Parents et enseignants vont chercher, ensemble, les moyens pour atteindre un même objectif.

L’implication dans le projet éducatif

Dans le projet d’école, on trouve d’une part, le projet éducatif, d’autre part, le projet pédagogique.

Projet éducatif

Il a pour but de déterminer les finalités à atteindre. Pour Bernard Collot, les parents ont un rôle à jouer dans son élaboration et sa mise en oeuvre. Ils doivent pouvoir s’exprimer, donner leur avis, évoquer leurs inquiétudes, proposer une idée.

L’intérêt des parents et des enseignants est commun: la réussite de l’enfant dans un collectif d’enfants. Il s’agit alors de construire un consensus sur ce que cela veut dire (réussite, épanouissement, émancipation, insertion professionnelle… ?). 

« Pour co-éduquer, il s’agit de mettre derrière le terme “éduquer” le même contenu. » B. Collot

Les discussions porteront ensuite sur l’organisation de l’école (agencement de l’espace, continuité école/maison, règles de vie…) et l’acte éducatif (respect des besoins de l’enfant, laisser faire ou pas, punir ou pas, gestion des conflits…).

Projet pédagogique

Le projet pédagogique est un moyen qui sert à réaliser le projet éducatif. Il est créé par l’équipe enseignante et vise la construction des apprentissages. Pour cela, chaque enseignant met en place des stratégies pour y parvenir et confronte ses choix à leurs effets.

Dans cette perspective de co-responsabilité, l’enseignant accepte la transparence de son fonctionnement, d’expliquer ses actions, de rendre des comptes à partir des constats et de tenir compte des constats des différents acteurs.

Pour Bernard Collot, si les parents sont reconnus comme partenaires et impliqués dans le projet éducatif (élaboration et mise en oeuvre), ils sont alors co-responsables des réussites comme des échecs.

Rendez-vous avec le ou les parents

Cela change aussi la donne lors d’un entretien avec les parents d’un enfant qui nous questionne.

Quelle intention pour l’enseignant ?

Lors d’une rencontre individuelle (parfois perçue comme une convocation pour les parents), l’enseignant se base sur des constats, plutôt que de présenter un problème. Il a pour intention d’améliorer la situation, plutôt que de la dénoncer (perçu comme des reproches envers le parent) ou de s’en inquiéter (perçu comme une impuissance de l’enseignant et donc fait peur). Il s’agit alors de chercher ensemble ce qui pourrait faire progresser la situation.

Pas de changement sans les parents

Face à cette ouverture et cette demande de prise de responsabilité, les parents peuvent exprimer des craintes ou un refus. Cela ne doit pas être le cas des enseignants qui ont le pouvoir de permettre ce partenariat. Pour cela, il faut se donner du temps.

J’invite les parents à lire « Parents, éveillez-vous ! » de Bernard Collot. (Commander le PDF pour quelques euros) :

« (…) l’école ne pourra changer, malgré toutes les expériences novatrices qui se succèdent depuis un siècle, tant que les parents ne feront pas, de leur côté, l’effort de franchir la barrière. Soit en l’acceptant quand des enseignants leur offrent cette possibilité, soit en la forçant. »

L’expérience de B Collot lui a montré que les parents finissent par s’engager car ils se sentent écoutés, donc reconnus, et car ils prennent plaisir à participer à un projet collectif. Il constate aussi que la communauté se soude car elle est consciente de partager la même finalité.

Sources
– L’école de la simplexité, Bernard Collot (Chapitres: Communauté éducative; Confiance, Coresponsabilité; Ouvrir l’école aux parents; Parent… d’élève !)
– Parents, éveillez-vous ! Bernard Collot

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