Une semaine de poésie

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Dans cet article, j’ai envie de partager avec vous une manière d’aborder la poésie à l’école, qui donne envie, et qui est donc loin des récitations traditionnelles imposées. J’ai été enthousiasmée par la démarche en méthode naturelle, proposée par Martine Boncourt, enseignante et militante du mouvement Freinet, dans la revue Le Nouvel Educateur d’octobre 2016.

Poésie et Méthode naturelle

Pour le jeune enfant, l’apprentissage du langage oral, comme de la marche, se fait de manière naturelle, car tout son environnement l’y incite.

A l’inverse, la poésie n’est pas un langage naturel. Elle ne fait pas partie de l’univers familier de l’enfant. C’est à l’enseignant de “créer ce bain poétique quotidien”, en lui lisant et/ou en lui offrant à lire des poèmes variés.

Conjointement, les enfants sont invités à écrire des poèmes. A la suite de cette écriture libre, vient un travail collectif sur les poèmes écrits pour les comprendre, dégager les particularités poétiques, aller plus loin.

Le tâtonnement expérimental et la coopération dans la construction des apprentissages sont au coeur de cette approche.

Une “Semaine de Poésie”

Vous êtes peut-être comme moi: dans la réalité de la classe, la poésie passe après tout un tas d’autres priorités, surtout quand on n’est pas soi-même passionné par cela.
C’est pourquoi je trouve l’idée excellente de consacrer une semaine à la poésie.

Voici, dans les grandes lignes, ce que Martine Boncourt a proposé dans une classe de CP/CE1 et qu’elle décrit dans la revue Le Nouvel Educateur.

Les enfants de cette classe sont habitués à écrire des textes libres et à lire, dire, écouter des poèmes, comptines et chansons.

Etape 1. Faire émerger les représentations
Quelle différence entre un texte libre et un poème ?
L’enseignante prend en note les propos des enfants.

Etape 2. Proposer d’écrire un poème libre
Juste après l’étape 1, seul ou en dictée à l’adulte.

Etape 3. Présenter son poème
Présentation suivie d’un temps d’échanges: questions et remarques des autres enfants.
Puis l’enseignante demande: “Est-ce un poème ou un texte libre ?”
Elle prend en note les remarques des enfants.
Au fil des discussions, la distinction s’affine.

Etape 4. Repérer un procédé
Parmi les remarques des enfants, l’enseignante en choisit une pour la développer.
Ils cherchent alors dans les poèmes d’enfants ou d’auteurs ce même procédé.
Procédés repérés par les enfants: rythme, allitération, répétition, absence de déterminant, création de mot, absence de connecteurs.
Un de ces procédés sera peut-être repris les jours suivants par un des enfants.

Etape 5. Offrir un poème d’auteur en écho à chaque poème d’enfant
Les enfants le trouvent le lendemain matin dans leur cahier à côté de leur propre poème.
Un poème en lien avec la forme ou le fond, ou les deux.
Une nouvelle question posée à l’enfant: Quel est le lien entre les deux poèmes ?

Des activités complémentaires

Les enfants ont également:

  • illustré leurs poèmes
  • mis en voix et mis en scène
  • appris des poèmes d’auteur qu’ils ont choisis
  • chanté des poèmes sur des airs inventés
  • écrit un poème collectif

Pourquoi accorder une vraie place à la poésie ?

Concernant le “Pourquoi ?”, j’ai juste envie de retenir ici deux raisons parmi de nombreuses autres.

1.La poésie est une forme d’expression, un langage qui se situe hors des normes du langage ordinaire. Ecrire un poème, c’est “dire avec conviction et émotion ce qui est en nous.” M. Boncourt, Le Nouvel Éducateur, n° 193
On peut supposer qu’à l’issue d’une semaine de poésie, les enfants s’empareront plus facilement de cette forme d’expression, lors de temps d’écriture libre.

2. “Je prétends que lorsque les enfants lisent en silence des poèmes – d’auteurs ou d’autres enfants –, qu’ils cherchent à repérer ceux qui leur parlent particulièrement puis les proposent ensuite à la classe afin que l’on tente de s’exprimer ensemble, de dire nos connotations, nos associations, nos émotions, nos réflexions aussi, nos interrogations parfois, et que de ces échanges multidirectionnels naît la conviction qu’un poème – polysémique par nature – ne peut jamais se laisser enfermer dans une interprétation unique, on est en pleine coopération, et conjointement dans l’apprentissage de la différence.ibid

Le Nouvel Éducateur, n° 193, juin 2009, p 47-52 Poésie et méthode naturelle, quelques aspects théoriques, Martine Boncourt

Le Nouvel Educateur, n°229, octobre 2016, p 55-59 Dans les pas poétiques des enfants, Martine Boncourt

Le site de Martine Boncourt

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