Apprentissages informels et apprentissages autonomes à l’école

enfant rêveur

Aujourd’hui, parmi les alternatives à l’école du système traditionnel, se créent de plus en plus d’écoles démocratiques, d’écoles du troisième type ou encore la déscolarisation sans cours par correspondance. Il me semble que ces alternatives ont en commun une même conception de l’apprentissage : l’informel.

Cchantieret article est le partage de ma réflexion actuelle sur cette question, ce que j’en comprends pour l’instant. Il est donc en construction et sera amené à évoluer (comme tous les autres articles d’ailleurs !).

Apprentissages informels et autonomes: définitions

Les apprentissages informels se réalisent de manière implicite, sans une démarche consciente de l’apprenant, grâce aux tâtonnements, grâce aux interactions avec l’environnement et avec les autres. L’enfant apprend naturellement, en vivant, tout comme il a appris à parler et à marcher.

L’apprentissage informel s’oppose à l’apprentissage contraint.
Dans l’école « traditionnelle », on a tendance à distinguer les apprentissages formels dispensés par l’école et les apprentissages informels qui se font en dehors de l’école. Les premiers sont valorisés et reconnus, contrairement aux seconds. Ils sont obligatoires donc évalués, nécessitent la construction de situations artificielles et la recherche de motivation par l’enseignant pour l’élève.

Les apprentissages autonomes complètent les apprentissages informels. C’est l’enfant qui est demandeur d’apprendre quelque chose de précis. Cette demande est née d’un besoin, d’un désir de l’enfant. L’apprentissage se réalise alors de manière formelle car consciente, à l’aide d’une personne « experte » ou de supports de connaissance par exemple.

« L’absence d’attente et de vérification, l’absence d’obligation d’apprentissage – qui ne va pas contre la loi {…} – vise à préserver la confiance en soi et le plaisir jubilatoire de la découverte, qui donnent de l’appétit pour continuer à explorer, apprendre, innover tout au long de la vie. » Claudia Renau, L’apprentissage informel expliqué à mon inspecteur

Une école où l’on apprend de manière informelle et autonome, une école de la vie : qu’est-ce que cela implique ?

Quelle conception de l’apprentissage sous-jacente ?

On apprend :

  • quand on en a besoin
  • quand on est passionné
  • quand on y prend plaisir
  • quand on y donne du sens
  • quand on est prêt
  • quand on est libre d’apprendre
  • quand on interagit avec son environnement
  • quand on interagit avec les autres

« Apprendre est une conséquence du faire, du pouvoir faire, de l’envie et du besoin de faire. On n’apprend pas avant de vivre, on apprend en vivant. » Bernard Collot, Chronique d’une école du troisième type

4 enfants bord de l'eau

Quel rapport au savoir sous-jacent ?

Le savoir est abordé dans sa globalité et donc dans sa complexité.

Ce n’est pas une conception du savoir sous forme de marches d’escalier successives. Le savoir n’est pas linéaire, ordonné. Il n’est donc pas à « prémâcher », à découper en sous-objectifs de difficulté croissante.

“A force de focaliser sur des aspects séparés de la réalité, les étudiants apprennent à l’interpréter comme des morceaux d’un puzzle non recomposé, “déstructuré”.” Antonella Verdiani, Ces écoles qui rendent nos enfants heureux

L’enfant avance à son rythme dans cette appropriation, dans sa construction, certes mais pas seulement ! Par exemple, dans une ambiance Montessori, les enfants sont libres de choisir le matériel qu’ils souhaitent. Ils vont à leur rythme dans le sens où ils l’utilisent autant qu’ils le souhaitent et passent au suivant quand ils sont prêts. Pourtant, dans cette approche, le matériel est pensé selon un ordre prédéfini, de difficulté croissante.

L’apprentissage informel implique, au contraire, qu’on aborde le savoir par où on veut. Il n’y a pas un début et une fin, un chemin tout tracé à suivre et déterminé à l’avance.

“C’est bien par tous les chemins détournés que l’enfant apprend, parce que ce sont les siens, et non pas forcément par ceux que l’on concocte pour lui. C’est peut-être le plus difficile à admettre.” Bernard Collot, La pédagogie de la mouche

Françoise Diuzet proposait les fichiers Freinet de différents niveaux à ses élèves. Ces fichiers ont l’intérêt d’être sans consigne et de proposer plusieurs entrées. Françoise allait plus loin en n’imposant aucun niveau, aucun ordre à suivre. Car c’est l’enfant qui sait le mieux ce dont il a besoin.

Cela implique que les adultes aient confiance en l’enfant pour se construire lui-même.

Quoi apprendre ?

Avec un tel rapport au savoir, il est difficile d’envisager les programmes tels qu’ils sont aujourd’hui.

« Le fil rouge » des apprentissages informels et autonomes, il me semble, c’est le développement de la pensée et non l’acquisition d’un savoir parcellaire.

« La construction des langages »

Bernard Collot parle de « Construction des langages »: langage oral, langage de la motricité, langage écrit, langage mathématique, langage scientifique, langages artistiques. Lorsque l’enfant perçoit un langage utilisé par d’autres, cela l’incite à l’utiliser, tout comme pour la parole. Il va alors s’y essayer et se construire ses propres représentations liées à ce nouveau monde auquel donne accès ce langage. Au fil de ses essais et de ses découvertes, ses représentations vont s’ajuster avec ce qui est socialement admis. L’accès à un nouveau langage donne à l’enfant un nouveau pouvoir sur le monde.

« Dans cette construction et pour cette construction les enfants « apprennent » nécessairement si on considère que tout apprentissage consiste en une transformation de la personne et l’ajout de pouvoirs. » Bernard Collot

« Les cent langages »

« Les cent langages » est une métaphore au coeur de la pédagogie de la ville Reggio Emilia en Italie. C’est l’idée qu’il existe une multitude de sources de connaissance et que les enfants disposent de nombreux langages pour appréhender le monde. Il n’y a pas de hiérarchie entre ces langages mais des connexions qui sont à construire.

« La pensée complexe »

Françoise Diuzet décrit trois étapes vers le développement d’une pensée complexe, déclinables dans tous les domaines:
1. Distinguer un élément parmi d’autres (percevoir et énoncer les propriétés qui le caractérisent)
2. Comparer deux éléments (puis plus) pour les séparer (on apprend à partir de ce qui est différent)
3. Relier (
comprendre les interdépendances entre les différents êtres vivants, faire des connexions entre différents phénomènes pour en comprendre les causes et les conséquences, faire le lien entre le passé, le présent et le futur)

Quelles conditions à mettre en oeuvre ?

Un cadre sécurisant

Garantir un cadre sécurisant et bienveillant, c’est permettre à l’enfant de s’épanouir en toute confiance et en toute liberté au sein du groupe et dans l’espace éducatif. Lorsque l’enfant se sent en sécurité, reconnu et a noué des relations de confiance, il est alors disponible pour s’ouvrir aux apprentissages et aux autres.

Un environnement incitateur

  • des situations de la vie réelle
  • des ateliers riches et variés où les enfants peuvent expérimenter et réaliser des projets
  • la nature

Il est nécessaire que l’espace éducatif propose des possibilités de faire que l’enfant ne retrouve pas forcément dans son environnement familial (univers des sciences, des arts, des mathématiques…).

La confrontation aux autres

A lui seul, l’enfant irait aussi loin que son intelligence lui permet. C’est grâce aux autres qu’il ira plus loin.

  • L’organisation de temps d’échanges est nécessaire pour que l’enfant dépasse ses propres représentations en les confrontant aux autres.
  • Les « traces », que demandait Bernard Collot à ses élèves suite à leurs recherches et expérimentations, sont des supports très riches pour les échanges.
  • Le multi-âge est une condition essentielle dans cette approche.

« On apprend de la différence. » Françoise Diuzet

Des adultes qui accueillent, permettent, accompagnent

  • qui ne proposent pas d’aide sans qu’elle ne soit sollicitée
  • qui observent et qui écoutent pour faire des propositions adéquates
  • qui suggèrent (et donc qui laissent libre de refuser)
  • qui accueillent l’imprévu
  • qui acceptent l’incertitude
  • qui accueillent et encouragent les projets
  • qui favorisent la compréhension des liens, grâce au langage
  • qui favorisent l’expression, la communication et la créativité
  • qui sont formés (mais à quoi ?)

Dans les écoles démocratiques ou de troisième type, les termes de « facilitateur » ou d’ « accompagnateur » remplace celui d’ « enseignant ». Ce qui traduit bien un changement de posture.

“Et ce n’est que très lentement et très douloureusement – croyez-moi, douloureusement ! – que j’ai réalisé que c’était quand je me mettais à enseigner le moins que les enfants se mettaient à apprendre le plus.” John Holt

Cette réflexion sera à compléter grâce à l’appui des neurosciences qui étayeront mes propos. 

Sources:
– L’apprentissage informel expliqué à mon inspecteur, Claudia Renau, Editions l’Instant Présent, 2012
– La pédagogie de la mouche, Bernard Collot
– Chronique d’une école du troisième type, Bernard Collot, Tome 1, Editions l’Instant Présent 2013
Apprentissages formels et informels, article de Bernard Collot
Formel ou informel … sans les apprentissages, article de Bernard Collot
– Ces écoles qui rendent nos enfants heureux, Pédagogies et Méthodes pour éduquer à la joie, Antonella Verdiani, Domaine du Possible, actes Sud 2012
– Les apprentissages autonomes, Comment les enfants s’instruisent sans enseignement, John Holt, Editions l’Instant Présent

Une réflexion au sujet de « Apprentissages informels et apprentissages autonomes à l’école »

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