Pourquoi le temps libre en maternelle est-il essentiel ?

jeu construction

Le temps libre en maternelle prépare l’enfant à devenir élève. Grâce à ce temps organisé et régulier, l’enfant passe par différentes étapes, qui le rendront capable de se construire un projet scolaire, en élémentaire.

Des activités imposées trop tôt, des fiches abstraites impriment des sentiments de doute et d’ennui. Elles rendent les élèves passifs et briment leur élan naturel exploratoire. Au lieu de faire naître le projet scolaire, elles font redouter les apprentissages futurs.

Dans cet article, je vous donne des clés pour organiser des temps libres riches d’apprentissages. Je vous explique également ce qu’ils permettent de construire chez les jeunes enfants : des compétences essentielles dans leur avenir d’élève !
J’espère ainsi vous donner des arguments qui vous convaincront de l’importance des activités choisies. Vous pourrez ainsi justifier l’inscription de longues plages horaires de temps libre dans votre emploi du temps !

Voici une grille d’observation du temps libre:
Téléchargez cette ressource en cliquant ici (PDF imprimable)

Qu’entend-on par « temps libre » ?

Le temps libre n’est pas un temps d’attente (on joue en attendant que les autres camarades arrivent à l’école), ni un temps de délassement (on joue après avoir terminé son travail). C’est un véritable temps d’apprentissage.

Un temps de tâtonnement

A travers les jeux, les dessins, les livres, l’enfant apprend en tâtonnant.
Lors d’une activité librement choisie, il apprend :

  • à son rythme
  • en fonction de ses intérêts
  • en fonction de ses capacités

L’élève découvre son pouvoir d’agir selon trois étapes successives :

  1. Geste fortuit
  2. Découverte des effets de son action
  3. Recherche de gestes guidés par la pensée

Le plaisir d’une réussite appelle sa répétition. L’enfant vérifie alors la permanence de ses résultats. Dans le même temps, ses répétitions lui confèrent une maîtrise corporelle. Il peut alors faire des hypothèses, les mettre en œuvre et comparer les résultats de ses actions provenant d’une modification de son geste ou d’un changement de matériel.

L’exploration et l’imitation de ce que fait le voisin entraînent également une activité de réflexion.

Un temps libre d’attentes

Pendant ce temps d’activités libres et choisies par l’enfant lui-même, il n’y a pas de pression. En effet, il n’y a ni consigne, ni résultat attendu.

L’enseignant offre simplement un temps, un espace et des choix possibles. Il offre ainsi un temps à ses élèves pour observer ce qui se passe autour d’eux, s’organiser, réfléchir, inventer, rêver. Il leur offre la possibilité de s’exprimer et de créer, sans rien imposer. Il laisse naître le désir, le projet qui leur permettra de s’épanouir et de construire ce dont ils ont besoin, sans avoir à subir les choix de l’adulte qui leur sont extérieurs.

Un enfant ne veut rien faire ? Il peut ! « Tu peux ne rien faire, tu peux regarder. »

Un autre enfant est toujours dans l’attente d’une consigne ? C’est un élève qui n’aura pas de stratégie de recherche, ce sera un suiveur. Ce temps libre est l’occasion de lui faire prendre confiance en lui et l’aider à faire naître un désir, un projet.

A toujours imposer aux jeunes élèves des activités, des fiches de travail, on les rend passifs et obéissants. Le temps libre libère les enfants de nos attentes et de nos exigences d’adulte, qui, bien que bienveillantes, ne les laissent pas grandir à leur rythme.

Lors du temps libre, aucune activité n’est imposée ni proposée par l’adulte.
Seuls les espaces offrent du matériel et donc des choix possibles.
Faire un choix n’est pas facile. Cela implique d’apprendre à se poser.
L’enseignant peut y aider, guider ou bien attendre que cela vienne de l’enfant.

Dans la pratique : comment le mettre en œuvre ?

Un cadre : 3 conditions à respecter

  • Une organisation temporelle

Il est important de fixer un créneau horaire régulier dans son emploi du temps. Ce peut être après le regroupement du matin ou au retour de la récréation, par exemple. Ainsi, l’enfant sait qu’il pourra recommencer une activité ou la poursuivre.

Pendant la phase de jeu, d’exploration, de tâtonnement, l’élève raisonne. Son activité mentale est intense : attention, évocation de représentations mentales, création d’hypothèses, vérification de celles-ci. Elle crée des impressions positives durables. De longues phases d’activités libres et choisies sont donc à privilégier, plutôt que de toujours se situer dans l’évaluation à travers des fiches et activités, qui attendent un résultat donné.

  • Une organisation spatiale et matérielle

L’environnement est stimulant : matériel à manipuler ou à transformer, harmonie et confort.
Le matériel est visible et repérable facilement. On peut imaginer des boîtes transparentes, alignées, sans couvercle, pour susciter la curiosité ou permettre de refaire une activité.

La permanence du rangement est sécurisante et facilite l’entrée dans l’activité. C’est aussi une aide à l’évocation mentale pour se mettre en projet.

L’espace est aménagé pour permettre d’adapter facilement sa posture aux besoins de l’action. Il permet aussi bien une activité solitaire qu’une activité partagée.

Quand l’espace est insuffisant, exigu, quand le matériel est manquant, l’enfant est détourné de son projet. Au lieu de s’investir pleinement dans une activité cognitive, il cherche à s’accommoder aux insuffisances de l’organisation spatiale et matérielle.
Ces insuffisances peuvent également être la cause de conflits entre élèves.

  • La disponibilité et la présence de l’enseignant

L’enseignant est entièrement disponible sur ce temps-là, il n’en profite pas pour ranger, discuter, préparer la suite… Sa présence tout entière est essentielle !

Dans un premier temps, l’adulte profite de ce temps pour poser les règles de vie.
Il préserve la sécurité des expériences et s’assure du respect des espaces et du rangement.
Les règles de vie sont plus facilement prises en compte dès lors que les élèves se savent observés. Sa présence apaise et sécurise.
Il chuchote pour veiller au calme.

D’autre part, l’enseignant observe et écoute. Il accueille, encourage, met des mots sur les actions et leurs effets pour faire prendre conscience aux élèves de leur raisonnement.
Je développe ce rôle essentiel, plus en détail, dans la dernière partie de l’article.

Grâce au respect de ces trois conditions, le temps libre garantit:

  • Un sentiment de bien être et de sécurité
  • Un confort propice au tâtonnement, aux échanges
  • Le plaisir et le partage des découvertes
  • Une entrée progressive dans le sentiment d’appartenance au groupe

Quels choix possibles ?

Voici 5 catégories de matériel à proposer :

  1. les coins jeux dont le matériel et les thèmes évoluent (livres, marionnettes, métiers…)
  2. les jeux :
    Les jeux de construction : cubes, formes emboîtables ou non, lego, rangement, villages, circuits, animaux…
    Les jeux éducatifs : mosaïques, puzzles, encastrements, lotos, cubes avec motifs sur chaque face…
    Les jeux de société : dominos, mémory, jeu de l’oie, petits chevaux, 7 familles, jeu de cartes…
  3. les traces :
    le cahier de dessin libre,
    – les craies et le tableau qui permet d’effacer et d’être debout (Petite Section),
    – le cahier pour leurs premiers mots (Grande Section).
  4. Collage/découpage/modelage
  5. les transvasements :
    Mettre à disposition une grande bassine dont le contenu évolue ainsi que des contenants divers (tubes, bols, bouteilles…). Des idées de contenu:
    a)marrons, châtaignes, glands
    b) grains de café, haricots rouges
    c) semoule, sable
    d) eau.

Fréquence et évolution par tranche d’âge

Cette partie est l’occasion d’approfondir votre connaissance du développement de l’enfant.
C’est capital pour adapter la fréquence des temps libres et savoir quoi observer.

En Petite Section

La découverte de leur pouvoir d’agir sur les objets
Les jeunes enfants sont dans l’action immédiate. Ils agissent sans avoir une intention préalable. Au fil de leurs expériences, ils vont prendre conscience que leurs actions ont des effets. Ils vont alors commencer à se poser, à maîtriser leurs gestes et développer une attention aux effets de leurs actions. Ils commencent à avoir une intention de courte de durée et à apprendre à projeter un résultat.

Le vivre ensemble
A cet âge-là, la vie sociale est une contrainte difficile à gérer. Le temps libre est donc permanent. C’est l’occasion pour les jeunes élèves de découvrir les autres, les règles de vie, les différents espaces et matériel. L’enseignant en fait sa priorité en début d’année afin d’instaurer les règles et leur compréhension. Par la suite, une fois que l’ambiance de classe est calme et apaisée, il pourra proposer une activité, tout en offrant toujours la possibilité de jouer librement.

L’espace est un « Territoire » 
Le jeune enfant a un besoin fondamental de s’assurer la possession d’un espace et l’exclusivité d’un matériel afin d’entrer sereinement dans un jeu et de s’y adonner sans détour. Entre 2 et 4 ans, on peut observer un mouvement de méfiance ou de défense pour vérifier les intentions d’un enfant qui s’approche.

Proposer un temps de motricité qui permette la liberté d’action de l’enfant
– Mettre à disposition un type de matériel différent chaque matin et les laisser manipuler dans le respect de l’autre et du matériel
– Les aider à maîtriser leur énergie en passant par le corps
– Commencer à relier l’action et son résultat

Offrir des temps libres dans des coins organisés
– coin maison, coin garage, coin construction, coin dessin, coin bibliothèque
– apprendre à respecter le matériel et son rangement
– accepter la présence des autres camarades à ses côtés
– l’accompagnement de l’enseignant est nécessaire pour garantir le respect des règles et la sécurité affective de chacun.

En Moyenne Section

La possibilité de se représenter mentalement une situation


« Graduellement, il se dégage de la profusion d’éléments du jeu présents dans la boîte, initialement source de confusion, pour aller vers la représentation d’une situation. » Claire Depeyre et Bernard Perbet

Cette nouvelle capacité permet aux enfants de Moyenne Section d’agir avec une intention (intention qu’ils peuvent nommer). Ils commencent à prendre de la distance par rapport à leur action, grâce à la mise en mots (présentation, échange). Ils sont curieux d’observer les effets d’une action et vérifient si la causalité qui les a produits est l’effet du hasard ou de leur pouvoir.

Ils découvrent également leur pouvoir d’animer des objets inertes (extérieurs) grâce à leur imagination (intérieure).

Le vivre ensemble
Les règles de vie sont comprises et présentes.
L’autre n’est plus perçu comme une gêne.
Les élèves agissent à côté les uns des autres. Ils commencent à observer, à comparer et imiter, en cherchant à comprendre ce que l’autre a fait.

L’espace est un « Espace-refuge » qui permet une recherche solitaire et un premier intérêt pour l’autre (l’observer, l’imiter), grâce aux rappels des règles et l’apprentissage de la socialisation.

Des temps libres quotidiens
– différents coins jeux
– activités d’expression dont on peut observer les réalisations après coup, les comparer.

En Moyenne Section, le temps de l’opposition est dépassé. La participation à certains ateliers est obligatoire, même si le temps libre reste très présent.

En Grande Section

La représentation et la mise en œuvre d’un projet personnel
Les élèves de Grande Section ne se situent plus dans l’action immédiate ou le désir. Ils passent du hasard à l’élaboration d’une stratégie. Leur capacité à se situer dans le temps leur permet de construire un projet. Ils peuvent prendre en compte ce qui a été fait, ce qu’on peut faire maintenant et ce qu’on pourra et pourrait faire ensuite.

Un temps de regroupement avant le temps libre est une aide à l’élaboration d’un projet : « Que souhaitez-vous faire aujourd’hui ? »
Cela permet aux élèves d’être attentifs à leur désir, puis à l’élaboration d’une représentation mentale de l’organisation de leur travail (mise en projet). C’est un temps d’arrêt pour éviter un risque de précipitation, d’indécision et donc éviter de les livrer aux fluctuations du hasard.
Ce temps d’anticipation les conduit au réflexe d’évocation qui aide à l’aboutissement du projet.

Faire ensemble
L’espace est devenu un « espace-socialisation » qui permet une activité commune.
Les élèves construisent la notion de point de vue et peuvent entendre ce que dit l’autre.
Les temps d’échanges sont perçus comme importants car ils permettent de s’organiser, faire un bilan, partager ses observations et ouvrir sur l’élaboration de projets collectifs.

Choisir une activité en fonction de l’apprentissage proposé
L’enfant ne choisit plus son activité uniquement en fonction de son désir immédiat. Il peut choisir en fonction d’un résultat attendu et différé dans le temps. Il s’ouvre aux apprentissages scolaires qu’ils jugent nécessaires et son intérêt pour l’écriture, la lecture, les nombres se développe. L’enfant devient élève. Il accepte la contrainte et l’effort pour apprendre.

Le temps libre devient un temps de projet personnel ou collectif, librement choisi.

« Quand ce désir de l’enfant émane bien de sa volonté et non de la pression de son entourage, il exprime de lui même le besoin de s’inscrire dans des activités d’écoute, d’échanges, d’entraînement et pas seulement dans des activités d’expression individuelle parce qu’il se projette comme « Grand  » et « Capable de …» ! » Françoise Diuzet

A partir du CP

« C’est parce qu’il a eu le temps de se construire comme un enfant dont le désir a pu s’exprimer, dont le rythme a été respecté et dont les capacités n’ont pas été mises en doute, qu’il éprouve positivement la nécessité d’accepter contraintes, obligations, règles et mesure pour demander à « travailler » !
Le temps libre s’est  transformé en projet puis en  travail personnel. » Françoise Diuzet

Quels apprentissages en jeu pendant les temps libres ?

Dans le livre « L’activité mentale en maternelle », Claire Depeyre et Bernard Perbet analysent le développement de la pensée, section par section, lors d’activités spontanées. Ils mettent en avant l’activité mentale de l’enfant lors de son exploration par le jeu.
Voici les grands apprentissages développés lors de temps libres organisés et réguliers.

De l’enfant à l’élève : du désir au projet

Apprendre à se mettre en projet est une des caractéristiques majeures du devenir élève. Cette capacité se développe grâce au temps libre, qui offre la possibilité aux enfants de se construire à leur rythme et laisse le temps de faire naître le désir puis le projet.

Trois étapes de développement :
1. Agir par pulsion, au hasard (réalisation immédiate)
2. Avoir une intention, un désir (découper, colorier)
3. Elaborer et mettre en œuvre un projet personnel (faire une carte pour son père)
4. Travail personnel en élémentaire (apprentissages scolaires sous forme de contrat, plan de travail…)

La priorité aux activités spontanées jusqu’à l’âge de 6-7 ans
« […] c’est une lente maturation qui les amène progressivement à construire en eux l’aptitude à focaliser leur attention sur une tâche, de manière active, sans se laisser départir de leur projet par les incidents ou les sollicitations surgissant de l’environnement. » Claire Depeyre et Bernard Perbet

Influence des représentations mentales pour élaborer son activité

Au fil de ses expériences, l’élève se construit des images mentales de plus en plus précises et prégnantes. Elles permettent :
– d’avoir une envie pour une activité précise, hors du contexte spatio-temporel,
– de susciter la réflexion et l’imagination en vue de nouvelles actions ou de modifications dans l’organisation des éléments ou de la règle,
– de garder en tête son projet et de nourrir ainsi une  motivation interne permanente conduisant à l’aboutissement du projet,
– de prendre en compte ses erreurs et de les dépasser,
– d’anticiper les effets de tel ou tel geste, et par ébauche de tâtonnements successifs,  s’exercer à l’élaboration d’hypothèses ou à l’analyse des causalités.

Développer et prendre conscience de sa capacité à penser

Lors des activités libres, les enfants explorent leurs propres capacités et en premier lieu leur capacité de penser. Ils découvrent qu’ils peuvent agir sur les objets et les situations, et prennent peu à peu conscience que ce n’est pas le fruit du hasard mais du pouvoir de leur pensée.

Lors des phases de jeu, leur activité mentale est intense. Ils apprennent petit à petit à s’organiser, ordonner, classer, construire un raisonnement par entraînements successifs, être attentifs aux effets de leurs actions, élaborer des hypothèses et les vérifier, prendre appui sur leurs erreurs et leurs réussites afin d’aller toujours plus loin, s’inscrire dans un projet, trouver en eux la motivation…

La mise en mot leur permet de prendre conscience de leur capacité à penser. Les élèves développent une confiance en leur pouvoir de penser. Ainsi, face aux difficultés ultérieures, cette confiance amènera l’élève à réfléchir pour chercher des réponses, plutôt que d’adopter une attitude passive ou de faire-semblant.

Analyse/synthèse

« […] Tous ces jeux requièrent le déploiement véritable d’une activité interne identique à celle qui sera employée ultérieurement dans les apprentissages, suivant les deux opérations analyse/synthèse autour desquelles gravitent le raisonnement, la logique, la compréhension, la mémoire, etc. » Claire Depeyre et Bernard Perbet

L’analyse consiste à décomposer et considérer toutes les propriétés d’un objet, toutes les parties d’un tout.
La synthèse consiste à combiner les éléments pour former un tout.

Par exemple, une ferme et les éléments qui la composent (animaux, tracteurs, personnages…) ne sont pas présentés comme un tout organisé.
L’enfant fixe d’abord un cadre (synthèse d’une représentation mentale) puis y anime les objets mobiles, de façon subjective (affectif) et objective (classement…).

Les puzzles sont un autre exemple où il y a opération simultanée d’analyse et de synthèse: l’élève compose et décompose une image à partir de ses parties.

Ces deux opérations mentales sont essentielles pour la suite des apprentissages scolaires. Elles sont notamment au cœur de l’apprentissage de la lecture, où il s’agit de décomposer un mot en syllabes pour le lire, puis les rassembler pour former le mot et le lire.

Construction de notions temporelles

Le temps se construit dans plusieurs dimensions :
– Évaluation de la durée : « pour faire ce jeu, il faut plus de temps que pour faire celui-ci. »
– Succession des actions à réaliser : « je m’installe, je fais une construction, et après j’en ferai une autre. »
– Simultanéité : « pendant que je construis ma tour, Paul dessine et Léo fait un collier. »
– Repérage dans le temps de la journée et de la semaine grâce à la régularité du temps libre.

Il est possible dès la Grande Section de leur montrer l’horloge pour leur faire visualiser le temps imparti au temps libre.

De l’évolution de la consigne individuelle vers l’élaboration de projets collectifs

Avant de pouvoir accepter des consignes imposées et extérieures à lui, l’enfant a besoin de vivre ses propres consignes.
Le temps libre permet à l’enfant de construire cette notion, à son rythme, suivant plusieurs étapes :
1. Projet interne (proche d’une succession de consignes) : il se donne individuellement des consignes.
2. Formulation de projet en petit groupe, avec l’enseignant : qu’allons-nous faire ? Comment pourrions-nous faire ? (questions qui font écho à des réalités vécues antérieurement). C’est un temps d’échange pour exprimer ses questions, les ordonner, les réfuter, les comparer, les préciser, les accepter.
3. Possibilité de recevoir des consignes de l’extérieur.

Le rôle de l’enseignant

« Il s’agit pour l’enseignant d’un choix guidé par le désir non pas d’apprendre quelque chose aux enfants, de manière prioritaire, mais de les ouvrir à l’éveil puis à l’exercice d’une stratégie cognitive, au moyen de l’action.» Claire Depeyre et Bernard Perbet

Observer et écouter

Pour l’enseignant, offrir des temps libres à ses élèves, c’est accepter de modifier sa posture. Il ne se demande plus « Que vais-je faire ? » mais plutôt « Que vais-je voir et entendre ? » .

Il observe les attitudes, les postures, les regards, les bruitages, les commentaires ou partages, sans les demander. Tous ces gestes et attitudes révèlent une pensée en action. Il s’intéresse à la démarche de l’élève et non au résultat de son action.

Il est important de connaître au préalable le développement de l’enfant, les étapes par lesquelles il va passer. Les observations sont alors orientées et constructives pour savoir où en est chacun et constater l’évolution.

Lors des activités libres et choisies, les enfants sont différents, plus libres dans leur parole, plus spontanés. Les observations et la prise de note de leurs propos traduisent une vision plus précise du développement de leur pensée. Elles permettront à l’enseignant de savoir ce qu’il faut apporter à chacun, comment rebondir et proposer des prolongements pertinents.

D’autre part, l’observation rend l’enseignant attentif à l’environnement pour mieux l’aménager, le faire évoluer et s’assurer que le matériel est stimulant.

Voici une grille d’observations possibles:
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Repérer et renvoyer aux enfants le pouvoir de leur action

Pendant le temps libre, l’enseignant est en retrait, il est observateur.
Cette posture permet aussi d’être attentif à ce qu’il dit et fait passer.

Il prend appui sur ses observations pour renvoyer à l’élève le pouvoir de son action.
Ce peut être un regard qui encourage, accueille, reconnaît le pouvoir de son action, l’importance de ses découvertes.
Ce peut être un constat qui renvoie aux moyens, aux processus, aux effets de l’action, sans réaliser aucun jugement sur le résultat.
Ce peut être une question qui invite à s’interroger sur le pourquoi, à dépasser l’erreur, à remettre en cause. Le questionnement le rend actif dans son raisonnement.

Son attitude est stimulante. En reconnaissant leur activité mentale et leurs progrès, l’enseignant les aide à développer leur confiance en eux, leur plaisir d’apprendre et crée une certaine complicité avec ses élèves. Il ne se précipite pas pour les mener là ils iront naturellement. Il se satisfait de leurs progrès dont il connaît l’évolution à l’avance.

Mettre en mot pour faire prendre conscience

Le temps libre ne se limite pas à un temps d’action et d’expérimentation. C’est par la mise en mot de leurs actions, de leur démarche que les élèves pourront leur donner du sens et en prendre conscience.

L’enfant comprend que ce n’est pas le fruit du hasard mais de sa pensée. Du coup, il est de plus en plus attentif à ses gestes et leurs effets, à son propre raisonnement. L’enseignant lui renvoie en miroir sa démarche qui sous-tend ses actions, avant d’en considérer les effets.

L’enseignant formule et évoque des faits signifiants. Il n’est pas dans un questionnement qui sert à contrôler.
Les temps de bilan sont là pour vérifier ce qu’ils savent mais ils n’ont pas lieu d’être à l’issue d’un temps libre, dans la mesure où les élèves n’ont pas partagé une activité commune.

En fonction de l’analyse des propos des enfants, il dit, redit, accentue sur ce qui leur manque.

En Petite Section

L’accompagnement et le retour de l’enseignant sont immédiats.
L’enfant ne détourne pas facilement son attention; s’il ne répond pas à l’adulte, on peut supposer qu’il ne peut dédoubler son attention. En revanche, si l’enfant parle quand il fait, l’enseignant note ses propos à ce moment-là car le jeune élève n’est pas encore capable de différer l’expression de son action.

En Moyenne Section et en Grande Section

Un temps de regroupement à la fin du temps libre peut être organisé. Les enfants s’appuient sur la représentation mentale des actions récentes afin de les formuler et de les ordonner. Ils apprennent à se détacher petit à petit de leur réalisation pour percevoir le processus de réalisation, les critères, les paramètres qui pourraient varier.
Ce temps est essentiel pour les aider à prendre de la distance et construire un raisonnement. Par ses questions, l’enseignant enrichit les échanges en les portant sur la démarche plutôt que sur le résultat.

Conclusion

Proposer un temps libre à ses élèves, c’est reconnaître et respecter leur besoin vital d’explorer leurs capacités. Ce n’est pas une simple tolérance de la part de l’enseignant.
L’observation et l’écoute des enfants nous font prendre conscience que ce n’est pas un amusement anodin pour eux. Au contraire, leurs gestes et leurs postures nous révèlent l’éveil et l’exercice d’une pensée mise en action.
Offrir des temps libres, c’est leur permettre de construire, à leur rythme, des apprentissages essentiels dans leur avenir d’élève.

Bibliographie

  • L’activité mentale de l’enfant en maternelle, Claire Depeyre et Bernard Perbet
  • Textes de Françoise : l’autonomie, temps libre et travail personnel ?, pensée complexe et TE

 

5 réflexions au sujet de « Pourquoi le temps libre en maternelle est-il essentiel ? »

  1. Intéressant article, juste 3 remarques :

    – Pourquoi limiter le temps libre à la maternelle ? Les élèves en élémentaire peuvent également en bénéficier, ça ne pose aucun problème, au contraire, c’est très important pour eux aussi, et jusqu’au CM2 (au moins) !
    Il n’y a rien de particulier qui se produit dans la nuit précédent l’entrée au CP, les gamins ne sont pas différents, lorsqu’ils entrent à l’école élémentaire, donc il faut là aussi revaloriser le statut du temps libre !

    – Pourquoi vouloir organiser le temps libre collectivement, tous les élèves ayant le même temps, ensemble, tous les jours à la même heure ?
    Le temps libre peut être celui de l’accueil ou des récréations (dans ce cas effectivement c’est collectif et ensemble). Mais il peut être aussi par exemple lorsqu’on a terminé son plan de travail, ou lorsqu’on fait une pause, et dans ce cas c’est individuel.

    – Dans la liste des activités possibles, certaines ne présentent à mon avis que très peu d’intérêt (en particulier celles de transvasement).
    J’y reconnais l’influence (très à la mode en ce moment) des manipulations Montessori, mais une fois que le gamin aura transvasé 4 fois ses graines d’un récipient à l’autre, il va vite s’en lasser car il n’y a aucun objectif ni aucun projet, et il aura réalisé et appris quoi ? Quasiment rien, c’est une activité très pauvre.

    A la place, il peut plutôt s’occuper du jardin (arrosage, rempotage…), cuisiner, bricoler… Là il effectuera de la même manière des activités de transvasement et des manipulations, mais avec un objectif, un projet à mener, qu’il a choisi et qu’il gère.
    Ce qui est bien plus motivant et efficace au final ! 😉

    1. Merci pour ces remarques très pertinentes ! Elles permettent d’aller plus loin que mon article qui se veut être simplement une ouverture vers des possibles encore plus enrichissants.

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